Le Musicodrome

21 mai 2012

[Live Report] Festival d'Olt - Jour 3 : Scratch et java au bout de la nuit... | Le Bleymard | 19.05.2012

Pour sa neuvième édition, le festi'val d'Olt est devenu l'évènement culturel majeur de la petite commune du Bleymard, en Lozère (48). Pour notre grande première en terre lozérienne, le moins que l'on puisse dire c'est que nous avons été séduits. Comme une grande famille, l'association Rudeboy Crew n'a pas changé sa recette pour attirer les festivaliers : celle de la découverte, des rencontres et surtout, 3 jours de fêtes.

         Ambiance

Loin des tumultes urbains ou des grosses machines bien huilées, le festi'val d'Olt endosse un costume qui a tendance à être de moins en moins porté : celui de la simplicité. La fête est un concept, elle ne célèbre pas seulement quelque chose ou quelqu'un. C'est un tout. Une effervescence qui se retrouve le village par ses représentations d'arts de la rue en journée jusqu'aux deux chapiteaux dressés pour l'occasion en soirée. A condition d'être munis d'un billet, chacun vaque à sa guise entre les sites, ici, (presque) tout le monde se connaît. Bien avant le coup d'envoi des concerts payants, comme si le Bleymard était un cabaret à ciel ouvert, la liesse est déjà là. Et qu'importe le temps ou la température (il faisait 2°C à minuit !). 

Le cadre, lui, mérite aussi toute son attention et rend le festivalier chez lui. Si l'on se sent bien au festi'val d'Olt, c'est également par ses ambiances créées, truffées de clins d'oeil ou de curiosités. Par exemple, dans le premier chapiteau, impossible de rester insensible aux casseroles de pâtes renversées qui parsèment le plafond. Ou, un peu plus loin, une pancarte annonçant les différents menus avec les lettres inversées, destinées aux bourrés, censée les aider. En tous cas, après avoir vibré aux Fils de Teuhpu accompagnés de Mein Sohn William jeudi, la soirée de vendredi a tenu toutes ses promesses : avec la pop/rock de The Chase, l'électro blues de Monofocus et l'électro décalé de Zlip Constrictor, les vaches étaient bien gardées.

NMB Brass Band : l'efficacité avant tout

      NMB Brass Band

Pour cette dernière soirée de concerts, les NMB Brass Band avait la lourde tâche d'assurer la première partie des Scratch Bandits Crew et R-Wan, side-project du chanteur du groupe Java. Avec une section cuivre assez traditionnelle (saxo, trombone, bariton) jumélée à un guitariste/bassiste, la porte est enfoncée aux styles en tous genres. Ajoutez un batteur puis un musicien qui fait aussi chanteur, vous aurez la composition des NMB Brass Band.

Tantôt rock, tantôt punk, les cuivres rendent le concert finalement très festif. Dès le premier morceau, le public adhère complètement. Transportant la foule aux quatre coins de leurs influences musicales, le chanteur (et saxophoniste) s'est pourtant offert un délire hip hop par alternance. Lorsque les morceaux rock déjanté rappelaient leurs acolytes des Fils de Teuhpu ou de la Fanfare en Pétard, impossible de ne pas faire le rapprochement avec l'intonation de voix du chanteur, proche de celle de Bring's des regrettés Freedom For King Kong.

A l'opposé de son premier album plutôt orienté fanfare/rock, le NMB Brass Band s'est voulu plus engagé sur son second essai. En allant piocher dans des textes de Boris Vian, Arthus Rimbaud ou encore Louis Aragon, ces derniers furent rappés sur fond de fanfare. Bien moins efficaces au chant qu'au saxophone, les NMB Brass Band, sans révolutionner le genre, ont assuré l'essentiel : faire danser le public du début... à la fin.

Sur sa Radio Cortex, R-Wan (de Java) assure le show

      R-Wan (5)

Erwan Séguillon. Les fans de Java n'ont pas oublié qui se cachent derrière le pseudonyme R-Wan. Quand R-Wan s'est ajouté à la programmation du festi'val d'Olt, il y avait forcément un air de Java dans l'air. Le groupe de nouveau en pause, R-Wan en a profité pour sortir au printemps dernier son troisième album solo, "Peau Rouge".

En surfant sur des influences un peu plus légères sur "Radio Cortex" (2006) et "Radio Cortex 2" (2008), R-Wan s'est recentré avec un peu plus de sérieux sur "Peau Rouge" : si le rap-musette est encore d'actualité, la scène a retrouvé un bonhomme toujours aussi charismatique et jamais bien loin de ses racines, Java. Quand à son show, il l'a maîtrisé de bout en bout. Avec une intro très noire, R-Wan offre d'entrée son fameux célèbre "Lâche l'affaire", remake d'un certain "Laisse Béton" de Renaud. Dans un registre proche à celui de Java, chanson française/rap, le souffle festif finit par déferler sur le très attachant "Le CRS Mélomane" qui fait déjà danser tout le chapiteau.

Funky, R-Wan emploie l'humour et l'auto-dérision pour faire mouche : l'influence de Gainsbourg se sent sur "Maudit Sort" tandis qu'un incroyable battle se lance entre le batteur et R-Wan. Sur "Charley et Tom", une pluie de jeux de mots compte la fabuleuse histoire de ces deux personnages, sur fond de bruittage en tous genres. En rappelant (pour ne pas dire marteler) à son auditoire qu'il était toujours en connexion avec "Radio Cortex", la radio pirate émet encore ! Virant progressivement à un hip hop plus marqué, les synthés et autres machines prennent le pouvoir... Les morceaux suivant sont alors copieusement revisités et changent de peau. En s'accordant un léger répit jazzy sur la ballade poétique des "Fées", "Mélodie en Sous-Sol" durcit le ton. R-Wan démontre à plusieurs reprises qu'il a su conserver un flow implacable, s'essayant à nouveau sur ses périodes roots plus anciennes où il tournait avec le reggaeman Winston Mc Anuff.

Avec son côté démoniaque ("Je Suis Parano"), le rythme s'est saccadé pour le plus bonheur de tous : à l'ancienne, R-Wan a sorti "Métro", morceau de Java présent sur "Hawaï" (2000) en hurlant "laisse toi bercer par le rythme saccadé... ma musique s'est perdue dans les couloirs" à travers une version surboostée ! Et quand, "A Pic", morceau littéralement déluré et taillé pour la scène arriva, il était devenu inutile de continuer à chanter... (surtout en russe) !

Les Scratch Bandits Crew taille patron

      Scratch Bandits Crew (2)

Petit à petit, les lyonnais creusent leur nid. Même si le turntablism est à la mode ces temps-ci (C2C, Birdy, etc), les Scratch Bandits Crew venaient présenter à la Lozère son second album, "31 Novembre", sorti il y a quelques semaines. Salué par la critique, cet album surprenait surtout par sa profondeur, presque poétique, avec une électro limite acoustique, mais soulevait surtout la question du live. Qu'elle va être la setlist du crew ?

Corrosive, c'est certain. Déjà, ces dj's à six mains ont sorti un maxi, "En Petites Coupures", et ils n'hésitent pas à piocher dedans. Rapidement, un des plus gros hits du crew débarque avec le track "In My Head". Scratchs d'accordéon en ouverture (influence de Birdy avec "Abbesses" certainement) mais réelle prise en main : le crew frôle le hip hop pour se mettre aux percussions. Sans crier gare, les machines s'emballent dans une explosion sonore... le dubstep prend alors les commandes, le son se sature puis s'arrête brusquement. Brûlot long de plus de 8 minutes en live, les scratchs déferlent à nouveau pour offrir un semblant de douceur qui ne dure pas : tendances rock, boucles rythmiques, le crew vient de frapper fort.

Après un tel affront, les Scratch présentent leurs dernières compos : cela semblait fort probable, la tendance n'a guère mis de temps à se confirmer. Le crew a interprété ses hits taillés pour le live tels que "Check it Out" et ses sonorités hip hop/funk qui a une nouvelle fois démontré les prouesses aux platines des trois gus. Les ondes digitales de "Do Your Thang" particulièrement appréciées, les tendances soul n'ont changé en rien la recette : poussé par l'enthousiasme du public du Bleymard, les lyonnais auront rejoué ce morceau durant le rappel.

Dans une ambiance nacrée, le premier single de "31 Novembre" a bien entendu été joué, le salvateur et envoûtant "Heart Beat". En guise d'échos à la culture street, les Scratch font mouche à tous les coups... Même lorsqu'ils se payent le luxe de remixer The Doors. Impossible cependant de partir sans ayant appris "la scratch musique" : les leçons de scratchs, toujours très jazzy, réaniment le dancefloor. Avec des dj's particulièrement remuant qui n'hésitent pas à mixer tous ensemble sur une même table, les jeux de lumières spécifiques aux platines ou encore les vidéos projetées sur l'écran, l'univers des Scratch est toujours aussi varié.

Avec leur scratch lunaire, machine unique créée par les Crew, rien de tel qu'une dernière expérience sur "Scratch Lunaire, World Premiere" pour tester tout ça... Le chapiteau peut vibrer une dernière fois, la nuit est déjà bien avancée...


LE SAMEDI DANS LE DETAIL

Groupes : Scratch Bandits Crew + R-Wan (de Java) + NMB Brass Band
Date : Samedi 19 Mai 2012
Ville : Le Bleymard (48)
Durée : 21h-2h30
Crédits Photos : Cédric Oberlin (galerie photos disponible !)
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14 mai 2012

[Live Report] Marcel et son Orchestre dit adieu au Rockstore | Montpellier | 12.05.2012

Trois semaines après avoir encaissé les derniers coups de La Ruda qui est en train de tirer sa révérence, c'est à présent au Rockstore de Montpellier que les nostalgiques se rendaient. En pleine tournée d'adieu, Marcel et son Orchestre venait défendre son dernier bébé "Dans La Joie Jusqu'au Cou" sorti en début d'année. Un ultime passage dans une salle pas tout à fait pleine, mais probablement que le concert unique des Sheriffs donné juste à côté y est pour quelque chose...

              marcel (4 sur 1)

C'était le dernier rendez-vous des fans pour les héraultais. A voir la composition très variable du public montpelliérain, il est certain que les fans de chaque période s'étaient déplacés ce soir. Ce qui ont fait leurs premiers concerts dans leur jeunesse bleue, les vieux de la vieille qui trouvaient le concept des Marcel plutôt décalé qui ont de suite adhéré, ou alors, les toutes nouvelles fans, plus jeunes, acquises au cours des derniers albums beaucoup plus accessibles des boulonnais. Et chez tous ces fans, c'est à la fois l'excitation et l'appréhension qui se lisaient sur les visages. Oui, c'est la dernière. Il faut donc profiter et ne rien regretter.

La rancoeur ravalée, la première partie de Marcel et son Orchestre est assurée par... Marcel et son Orchestre. Comme le dit Mouloud, "ouais c'est toujours chiant les premières parties alors autant s'en charger !". Et de manière ingénieuse, les Marcel sont passés en session acoustique durant une grosse demie heure. Tels de vieux rockers fatigués, les Marcel ont pris des chaises, se sont assis et ont joué. Dans cette ambiance feutrée, quelques nouvelles compos du dernier opus enregistrées en acoustique se sont invitées au menu comme Le Chômage et sa maladie incurable ou le coup de la panne (Si Jamais t'Avoues). En s'accordant une petite Fuite de Fantaisie, Marcel signe là probablement son plus bel essai durant cette session. Avec des vannes bien aiguisées envers l'ancien président de la république, cette première partie de concert a posé le décor en ce temps électoral. En ressortant des tiroirs ce bon vieux Procebal ("il y a ceux qui payent... et ceux qui encaissent. Il y a ceux qui ont... et ceux qui n'ont pas") avec un grand sourire aux lèvres, Marcel a pu lancer son célèbre "un rire bon, un rire frais, un rire français !". En papillonnant, "qu'est ce qu'on attend pour effacer des mots comme solidarité ?", la jeunesse du Rockstore a pu emmerder Nellie Olson sur La Famille Ingall's avant de déraper, forcément, sur "la jeunesse emmerde Marine Le Pen !".

Désormais calme et ultra détendu, la pression est retombée. Il faut dire que Marcel et son Orchestre a interprété sa mini-setlist acoustique dans un registre fidèle à lui-même : poilant. Les dix minutes d'interscène transformées en compte en rebours, la voix off partit en cacahuètes : du message stipulant que "le concert commence dans 6 minutes", l'intermédiaire fut "profitez-en pour apprendre à vous connaître" avant que "frottez-vous !" sonne le glas.

La lumière s'éteint, les spots fusent. De la douceur vient la fureur : le dernier album, nettement plus rock, explose d'entrée. Très rock'n'roll, Je Veux M'amuser Avec Toi prend tout le monde à partie et annonce un show violent. En costards et cravates en cuir, Marcel passe crooner le temps d'un instant. Comme un symbole, les boulonnais ont choisi d'injecter les brûlots punk énervés qu'ils ont concocté durant ses longues années : les petites dernières comme A Qui Cela Profite ?, Cerf Volant, la reprise du grand Jacques, démoniaque en live, avec Les Singes, ou encore le délirant Les Frites. Marcel version 2012, ça envoie ! Et à ce petit jeu, les gros hits que tous attendaient n'ont pas été oubliés : il a fallu seulement attendre le second morceau pour voir débouler Les Neurones à Crêtes, toujours aussi déluré, ou le fameux 'plus vieux métier du monde' à travers un refrain que la salle a hurlé "où sont passées mes pantoufles ?". Dans un Rockstore quasi-acquis, Marcel a temporisé son show avec toujours autant d'humour mais surtout de malice. Car si beaucoup pensaient que le groupe allait plutôt orienter son set vers des compositions plus anciennes, comme une sorte de best-of, c'était se mettre le doigt dans l'oeil.

Ambiance punky puis funky, ça swingue sur Normal Man puis les femmes, ah les femmes, finissent par prendre les devants. L'oreiller jamais bien loin, l'époque yeah-yeah ressort sur L'amour dans le Nord et ses "elles sont jeunes et jolies, les petites femmes de Paris, mais dans le Nord-Pas-de-Calais, elles sont belles à croquer !". Doté d'un charme qui n'est plus à démontrer, Marcel veut en profiter pour remettre Le Slow à l'ordre du jour : "Je sais que tu me plais... lequel de nous deux va oser" finit par embarquer le public dans une série de duo en tous genres. Filles ou garçons, on a du mal à savoir, les perruques montpellieraines étaient de sortie. Mais la lente dégringolade finit par arriver : on l'a tous connu, il y a des soirs où "elle n'est pas d'humeur" (et les "ooooh oooh" n'y changeront rien malheureusement). Une embrouille n'est jamais bien loin. Sur Fil à Retordre, le peu de platine que Marcel a côtoyé embrase un ska corrosif qui fait sauter le Rockstore.

Quand les Fils de Teuhpu chantaient "Ah ! Quel malheur d'avoir un mari bricoleur... !", Marcel endosse à nouveau son costume déjanté avec l'hilarant (et presque vécu) Super Bricoleur. Si le couple est probablement amoché par l'histoire, Marcel a toujours le dernier mot : comme le symbole d'une vie plus que remplie, Bouli et les autres peuvent chanter à tout rompre "j'attends que toi... pour partager tout ça ! ... j'ai même changé les draps !" à travers une embardée endiablée.

Dans une ambiance à son comble, à quoi bon se relâcher ? Ballotté par les assauts des boulonnais, le public se prend une claque. Comme au bon vieux temps, Brrrr... (au début elle est froide) est pogotée tandis que le fameux bateau jaune commence à battre de l'aile sous la houle montpelliérane. Une bouffée d'air frais et voilà que le cirque reprend : rien de tel qu'un cours de Trapèze Volant pour provoquer l'histérie. Extrait du dernier opus mais parfaitement taillé pour apparaître sur un "Sale Bâtard" (1996), Mouloud se voit obligé de slamer dans la foule en hurlant "foutu pour foutu je me suis jeté et tout le monde chantait ces onomatopées : aga waga gouzou gouzou nawak (...)".

Bien décidés à en découdre, Marcel et son Orchestre, après plus de 25 ans de carrière, a encore une patate phénoménale. Le concert donné à Montpellier a démontré que le groupe avait de la ressource. Jonglant entre les anciennes et les nouvelles compos, le groupe a offert un set finalement assez neuf par rapport à ses précédentes tournées. Presque étonnant pour une tournée d'adieu qui a fait table rase de tracks incontournables (Ma Soeur, Comme un Balai, Bad Trip Poker, Skakaline, non en fait il y'en a trop...). Mais quelle énergie et quelle franche rigolade !  Quelques minutes de rappel et la machine put repartir : les Médiseuses eurent leur heure de gloire sous un tonnerre d'applaudissements. Histoire de chauffer l'ambiance des footeux présents, Raoul et Alain s'est chargé de dresser le portrait de ceux qui voudraient suivre le choc du lendemain entre Montpellier et... Lille. En laissant de côté les coïncidences, impossible de ne pas finir comme à la maison : une dernière fois, 62 Mefie Te put retentir, et pour la déconne, nous avons tous réveillé une vache qui dormait en nous.

La salle eut beau acclamer ses héros encore une fois, ils étaient partis. Et probablement pour de bon. Ils vont nous manquaient, les Marcel.

            marcel (2 sur 1)


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupe : Marcel et son Orchestre
Setlist Marcel et son Orchestre (acoustique, première partie -35 min-) :
Le chômage / Un jour viendra / Si jamais t'avoues / Fuite de fantaisie / Procebal / Nous n'avons plus les moyens / La famille Ingall's.
Setlist Marcel et son Orchestre (1h30) :
Je veux m'amuser / Les neurones à crêtes / A qui cela profite ? / Normal man / Super bricoleur / Brrr... (au début elle est froide !) / Susceptible / L'amour dans le Nord / Les frites / Fil à retordre / Le slow / Femme mûre / Cerf volant / Les Singes / Elle est pas d'humeur / Trapèze volant / Pantouffles // RAPPEL // Médiseuse / Raoul et Alain / 62 mefie te / Les vaches.
Date : Samedi 12 Mai 2012
Lieu : Rockstore
Ville : Montpellier (34)
Genre : Rock Festif
Crédits photos : Olivier Audouy
Galerie photos : sous peu
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29 avril 2012

[Live Report] La Ruda et Arthis enflamment le Cartel des Mines | Capra | Alès | 27.04.2012

Bercé par un sentiment de nostalgie bien pesé, c'est avec un petit pincement au coeur que l'on se dit "merde, ça y'est, c'est terminé". Le concert privé de La Ruda au parc des expositions d'Alès va laisser certainement des traces indélébiles, c'est une certitude. Même si le cadre était spécial, même si le contexte était particulier...

          ruda i

Les habitués du festival de la Meuh Folle auront en tout cas retrouvé un lieu devenu familier : tout juste un mois après la 9e édition de la Meuh, le Capra était de nouveau investi par des concerts et différentes animations. Sauf que cette fois, derrière les manettes, les rôles avaient quelques peu changés. Dans le cadre du Cartel des Mines, un évènement sportif annuel de trois jours consistant à faire s'affronter les écoles dans diverses disciplines sportives, Alès s'est vu accueillir cette année la 39e édition du Cartel. Par conséquent, la ville a été rythmée toute la semaine par les tournois et festivités des plus de 1200 ingénieurs venus de toute l'Europe (Paris, Douai, Nantes, Albi-Carmaux, Saint-Etienne, Nancy, Madrid, Vigo, Oviedo, Turin, Cracovie, Bochum et Saint-Pétersbourg).

Afin de garder le sang chaud, plusieurs soirées à thèmes étaient proposées : la première a vu chaque école présenter un Dj sous forme de battle, une autre a permis de remettre les différentes récompenses sportives en compagnie des Dj's Loo & Placido, puis enfin, le vendredi soir, La Ruda et Arthis se devaient d'assurer le show. Avec la montée en température tout au long de la soirée, l'envie de chacun à vouloir faire la fête était déjà quelque chose d'acquis. Après, c'étaient aux groupes d'assurer...

Arthis fait le boulot

        ARTHIS

Malheureux Arthis, grand oublié de la review du festival la Meuh Folle, mais qui avait droit cette fois à une séquence de rattrapage... Présent en ouverture de La Ruda alors que la soirée était déjà bien avancée, il faut dire que cette première partie s'inscrivait à merveille dans l'esprit festif de ce vendredi. Du haut de leurs 20 ans, ils sont déjà à créditer d'affiches partagées avec Mademoiselle K, Sinsémilia, Les Fatals Picards, Eiffel, ou de présences à Montpellier, Marseille et ailleurs.

Devant un public conséquent, Arthis a présenté une formation traditionnelle à quatre (batterie, basse, guitare, trompette) pour un groupe orienté rock cuivré. Avec comme ligne de mire sa devise (faire du "rock à la trompette poétique"), Arthis s'est tout d'abord distingué par son assurance sur scène. Avec un cocktail parfaitement maîtrisé, Arthis n'est pas tombé dans la facilité dans laquelle plusieurs groupes ont succombé : celle de se contenter de booster un rock martelé de cuivres, où finalement l'intensité dénaturerait les textes du groupe.

Avec des chants en français, Arthis a pu jouer les tracks issus de leurs deux EP's, dont le dernier, "Lueur d'une Chandelle", dévoile davantage le profil du groupe : mention spéciale à Gens d'Ici, qui, musicalement, rappelle les envolées des bretons de Merzhin, mais sincèrement réussi. Si la trompette est utilisée avec parcimonie, Arthis jongle astucieusement entre un rock tantôt acoustique, tantôt électrique. Un constat sur La Tzigane, où les séquences instrumentales laissent aussi le voie libre au chant, ou encore sur La Géante. On sent bien les influences de groupes tel que Noir Désir (qui aura droit à sa reprise) dans la façon de chanter comme sur l'énervé Réponse des Cosaques Zaporogues au Sulta.

En près de 45 minutes, Arthis a parfaitement fait son boulot. Avec un premier EP plus passe-partout orienté punk/rock festif, Arthis a su donner le coup de fouet qu'il fallait pour son set. D'ailleurs, les morceaux proposés du second EP ont montré une facette plus calme, plus recherchée et très intéressante qui pousse à en savoir davantage... La place, elle, a bien été chauffée pour La Ruda.

Une tournée d'adieu 'à l'expérience' pour La Ruda

        ruda2

Pour le passage du Cartel à Alès, les organisateurs ont souhaité mettre les petits plats dans les grands. Après avoir laissé le soin à Arthis de s'occuper de la première partie, les membres de La Ruda étaient conviés à chauffer les planches. Et durant plus d'une heure et demie, c'est avec la fougue qu'on leur connaît que les originaires de Saumur ont assuré le show. Le grand orchestre de La Ruda, qui va tirer sa révérence à la fin de l'année, a près de 1 300 concerts dans les jambes, 8 albums studio et plus de 20 ans de bouteille. Inutile de préciser que le groupe sait comment s'y prendre pour mettre un joyeux bordel ! Car la tâche, elle, s'annonce bien différente des précédentes dates pour La Ruda : le public n'est pas forcément français au Cartel, l'engouement moins expressif que la normale... Probablement la seule ombre au tableau.
Pourtant, entre les connaisseurs (qui étaient bien sûr aux premiers rangs) et ceux qui se sont laissés embarqués sans retenue, la fosse est rapidement devenue l'antre festive de la soirée. Pogos et slams ont, bien entendu, rythmé la soirée, la tournée d'adieu, elle, bien lancée ! Le coeur gros 'comme ça', les souvenirs défilent : entre les premiers concerts, 10 ans en arrière, et cette fin programmée, l'irrésistible envie d'en découdre une dernière fois se fait plus forte.

En tout cas pour les puristes, ce concert de fin de carrière arrive à point nommé : La Ruda a changé sa formule, fin d'activité oblige, pour proposer une nouvelle tournée qui pourrait presque être considérée comme une anthologie. Le groupe est allé fouiller dans chaque album les petites pépites que, les amateurs des différentes époques, ne peuvent qu'apprécier. Dommage que "24 Images Secondes" ait, par exemple, été écarté du set.

En ouverture, Souviens toi 2012 est plein de symboles : extrait du dernier album "Odéon 10-14" sorti il y a tout juste un an, c'est aussi une manière plus indirecte de raconter le bilan de 20 ans d'existence en un peu plus de 3 minutes. S'ensuit une longue alternance des diverses influences de La Ruda au fil des années écoulées. Très rapidement, les hits incontournables ne tardent pas à s'enchainer : Le Bruit du Bang, rock impulsif pour guitares incisives et cuivres affûtés et, déjà, le public est mis dans la poche. Et pour rester dans l'effervescence des débuts, l'histoire de ce bon vieux Léon, au Trianon, est déjà projetée. Période plus festive du groupe, un ska bien plus traditionnel va même refaire surface : Roots Ska Goods, en anglais, redonnent toujours de bonnes vibrations plus de 15 ans après...

En surfant sur ses différentes orientations musicales, La Ruda revient à des choses un peu plus récentes : l'excellent "Grand Soir" (2009) est enfin passé au crible. La vague acoustique développée sur leur 7e album embrase les débats comme sur le jumpant La Parade de Gordon Banks. Ça flirte avec le swing, le vieux rock'n'roll poisseux du temps d'Elvis, d'ailleurs Padam Elvis, bien plus calme, dresse toujours ces fameux portraits que La Ruda accompagne avec le côté crooner de l'opus. Voix mise en avant, c'est frais, cela donne envie de bouger. Même quand le groupe va puiser dans ses "Bonnes Manières" (2007), on ne peut que se rassurer que Tout Va Bien avec ses "oh oh oh" !

Pour revenir à l'essence même du rock, La Ruda n'hésite pas à accélérer le rythme avec les tracks efficaces de "Odéon 10-14". Titi'Rose au Coeur ou le belle rétrospective 1982 entre Platoch, OCB, cravates en cuir, et ses "tant pis si la nostalgie n'est plus ce qu'elle était avant... !". En parlant de mélancolie, La Ruda va sans cesse jouer avec les sentiments comme sur le morceau éponyme Odéon 10-14 : muni d'une basse ronflante et d'une mélodie qui fait mouche, la voix de Pierrot est nettement mise en avant : "il en aura fallu des jours pour remettre un peu d'ordre, dans les non-dits, les souterrains et dans les fils du téléphone". N'étant pas forcément là pour se plomber le moral, La Ruda remet le couvert sur les valeurs sûres et partagées depuis plus d'une dizaine d'années : Que Le Bon l'emporte, dévastateur, fait soulever le public avec ses "Go on, go on, les jeux sont faits !", mais ne fait que répondre en échos au tant attendu Tant d'Argent dans le Monde. Intro fracassante à la batterie, riffs bien placés, un des célèbres hymnes à la fête du groupe finit par déferler avec sa ligne de basse toujours aussi jumpante. Les gangsters jamais bien loin, La Ruda a su réserver au chaud ses histoires de truands : Le Prix du Silence, interprété dans sa version acoustique, a conservé toute sa vivacité.

Face à un public qui n'a visiblement pas l'habitude d'être à la hauteur au bar en même temps que dans la fosse, ce dernier a tendance à se disperser dans tous les sens. Pourtant, La Ruda va ressortir un morceau une nouvelle fois retravaillé : l'excellent De Simples Choses, du très controversé "La Trajectoire de l'Homme Canon" (2006), est revisité en version presque pop/rock. Avec une compo à la fois persuasive et très froide, La Ruda prend la version originale à contre-pied. Ne tardant pas à revenir à des choses plus communicatives, le brûlot rock Cabaret Voltage, du dernier cru, redonne un coup de peps au parc des expositions. Mais avec un Go To The Party sous les bras, la subtilité côtoie la légèreté d'une gratte tentant de suivre le rythme effréné du saxo... avant de devenir bien plus grave sur Quand Le Réveil Sonne.

Le rappel enfin résorbé, La Ruda a mis de côté plusieurs cartouches : un dernier assaut rock avec La Trajectoire de l'Homme Canon à intercepter finit par laisser L'Art de la Joie décider du sort de cette fin de soirée. Jamais rassasié, le terrible Unis achève ceux qui ne sont pas encore complètement hors course. A l'ancienne, pour ne pas oublier les concerts où La Ruda (ex-Salska) faisaient ses premiers pas, les paroles ont traversé les époques : "unis dans nos sens, unis dans l'essence (...) solidaires dans la danse ! Dans l'existence !" pour un finish très punk. De là à penser que c'est définitivement la fin, La Ruda demande encore 3 minutes. "Les dernières. Les plus fortes. Les plus belles" pour citer Pierrot. L'instinct du Meilleur doit boucler la boucle. En fanfare. "Tout le monde ! Amis d'Alès et d'ailleurs... Amis du bruit et de la sueur... Ruda Salska vous salue et vous remercie pour le bordel foutu dans cette putain de salle...dans cette putain de place ! Amis d'Alès, du bruit et de la sueur... c'était le grand orchestre de la Ruda... Salska !".

              Cartel_ales_2012


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupes : La Ruda + Arthis + after
Particularité : Concerts privés
Date : Vendredi 27 Avril 2012
Lieu : Capra (Parc des Expositions)
Ville : Alès (30)
Durée : 1h45 + 40 min
Fin des concerts : 3h
Genres : Rock Festif
Crédits photos : Olivier Audouy
Galérie photos : sous peu
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23 avril 2012

[Live Report] La révolution des Puppetmastaz soulève le Cabaret Aléatoire | Marseille | 21.04.2012

En ce week-end électoral, les Puppetmastaz venaient présenter au Cabaret Aléatoire de la Friche de la Belle de Mai à Marseille leur dernier bébé, « Revolve and Step Up ! ». Après avoir explosé en plein vol à la suite de « The Break Up ! », les Puppetmastaz sont de retour. Plus énervées que jamais. Avec une irrésistible envie de bousculer les stéréotypes et les manières de penser, la révolution tant espérée des Puppet’ a pourtant encore vascillé : la France, dimanche soir, est toujours frappée d’un mal profond. La peste noire.

          Puppetmastaz10

Le Cabaret était quasi-plein. Il faut dire que l’annonce de la reformation des marionnettes berlinoises a mis un peu de poussières d’étoiles dans le ciel de la scène hip hop actuelle. Parties à la fin de l’année 2011 dans l’espace avec l’espoir de rassembler à nouveau tous les membres éparpillés du groupe, les Puppets sont revenues sevrées. Sevrées d’aventures solos plus ou moins réussies, mais avec l’intime conviction que reformer Puppetmastaz serait un immense coup de fouet dans le monde des humains. Bien décidées à repartir à l’assaut, les Puppets ont brandis leur étendard pour montrer qu’elles étaient toujours maîtres en leurs terres. Et ça, personne ne pourra le remettre en question.

Avec un sound system entièrement refait, la salle du Cabaret Aléatoire était parée à faire front. Et avant même de franchir le portail de cette ancienne friche SNCF reconvertie en un haut lieu de la culture alter’ marseillaise, les murs tremblaient déjà face aux beats balancés sur Blake Worrell, MC des Puppetmastaz, chargé d’assurer la première partie. Musicalement très proche du dernier opus des Puppets, Blake Worrell a ainsi amené tranquillement un public déjà chaud bouillant pour une grosse demie heure de show. Si l’on sentait bien que le gus avait davantage sévit avec une marionnette au bout des doigts qu’en face en face avec son public, ce dernier a pu se délecter d’un hip hop poisseux taillé pour ce genre de soirée.

Et c’est dans un gros fracas que les marionnettes finissent par pointer le bout de leur nez… Dans une salle surchauffée, c’est bien entendu Mr Maloke, Snuggles, Froggy et Duck qui ouvrent le bal. Avec une mise en scène une nouvelle fois recherchée, les Puppets comptent bien appuyer là où ça fait mal : le show semble être orienté vers l’intensité, là où les touches dubstep développées récemment risquent d’être plus présentes. Cette déferlante électronique va nettement se faire ressentir sur la première partie de set… Plus crasseux, moins funky, la Puppet Revolution va tout d’abord passer par ses dernières compos : Fresh Day, saturé, ou Plus Ultra Revolution copieusement martelé par des beats dévastateurs. Mais le gang des marionnettes a plus d’un tour dans son sac, entre séquences déjantées de prise de contrôle comme sur Dschinni of Glas et les sorties d’étendards, les Puppetmastaz savent garder leur public en haleine. Toujours entrecoupés d’interludes permettant de suivre leur histoire, le spectateur peut désormais comprendre ce que les marionnettes ont pu rencontrer dans l’espace avant de pouvoir revenir hanter la Terre. L’équipe, enfin au complet, peut remonter dans le vaisseau spatial qui apparait subitement devant nos yeux embrumés.

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Avec des souvenirs plein la tête et des prises de becs enfin atténuées, le hip hop plus déjanté d’antan peut refaire surface : que ce soit sur Martian Juice de « Creature Shock Radio » (2005) ou sur Animals de « The Takeover » (2007), la machine reprend du service. Oldschool et toujours aussi décalé, la bande en Maloke profite de cette ellipse temporelle pour ouvrir la porte du vaisseau et enflamme les planches en chair et en os. Ayant choisi de conserver les costumes, la troupe interprète jusqu’au bout son personnage… Maloke serait presque trop imposant avec son immense chapeau avant que The Duck, terriblement en forme, secoue le crew. Dans l’euphorie, on sort des tiroirs le track Mr Doubt avec ses allures country et surtout un énorme Reservoir Foxin du bon vieux temps. The Duck, au flow ragga dévastateur, s’est taillé sa part du gâteau lorsque le morceau s’est brutalement transformé en brûlot drum’n'bass. Finalement, la seule ombre au tableau de cette escale sera la baisse d’intensité notamment durant le (presque) parlé Turnit Into Gold ou le plus rock Entertainers.

Mais le groupe a démontré qu’il avait encore plus d’un tour dans son sac : les guests (tels que Beat de Mr Oizo, Maître Yobo, le jumeau de Maître Yoda, ou encore R2D2…) se sont encore invités à la fête. On gardera en tête l’affrontement violent entre Maloke et Snuggles contre les nouveaux membres des Puppetmastaz (pour symboliser les nouvelles et anciennes Puppets), à coups de pistolets lasers et explosions en tout genres. D’abord haineux, Maloke s’entêtera de faire jouer « ensemble » cette nouvelle grande famille. Pour l’illustrer, autant faire un morceau qui dépote : Full Bashment peut s’enchainer sans accroc, très dubstep, d’une rare violence. Plusieurs enceintes de la salle n’ont pas résisté. L’affront en ligne de mire, le groupe s’offre quelques parades sur « The Break Up » (2009) avant de balancer du gros son, Mastaz of Ceremony, pépite de « Revolve and Step Up ! ».

Les chiens sont désormais lâchés : avec plusieurs rappels pour contenir une salle surchauffée, l’incontournable Midi Mighty Moe provoque l’effervescence. Face à l’engouement affiché, les Puppets sont obligées d’enchaîner avec les hits de l’époque de l’excellent « Creature Shock Radio » (2005) : vague underground sur le très urbain Bigger The Better repris en chœur par le public pendant que Do The Swamp poursuit le délire sur ses notes funky et cuivres psyché. Puis la scène s’éteint brusquement. La fin ? Les Puppets bougent encore ! Un ultime appel à contribution est demandé aux marseillais : il faudra chanter avec le crew sur des « say no, say yeah ! » avant de prendre définitivement le contrôle de la salle. Le disco/groovy Puppetmad se charge du reste pour clôturer la soirée comme il se doit mais le groupe, toujours aussi sincère, a semblé apprécier le concert : en guise de dernier cadeau, les Puppetmastaz ont rejoué Mastaz of Ceremony. Et il procura le même effet.

Après avoir remercié plusieurs fois Marseille, les Puppets sont parties pour de bon. Le Cabaret Aléatoire transformé en théâtre musical éphémère va pouvoir retrouver une vie normale. Il n’aura fallu qu’une heure quarante cinq, même si le set a parfois souffert d’irrégularité, pour oublier les deux années où les marionnettes avaient décidé de quitter le monde des humains. En gravitant autour de la Terre, la soirée aura confirmé deux points : leur côte de popularité en France est toujours au beau fixe et, surtout, de leurs cendres, les Puppets ont ressuscité.


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupes : Puppetmastaz + Blake Worrell + after
Date : Samedi 21 Avril 2012
Lieu : Cabaret Aléatoire
Ville : Marseille (13)
Durée : 1h45 + 30 min
Genres : Hip Hop / Electronique
Crédits photos : Julie H (Discordance)
Galérie photos : sous peu
Egalement disponible sur : www.discordance.fr

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17 avril 2012

[Live Report] High Damage + High Tone + Brain Damage Dub Session | l'Usine |Istres | 13.04.2012

Cette année 2012 est bien remplie pour les lyonnais d'High Tone : encore actifs sur la tournée de "Out Back", leur 6e album studio sorti en 2010, ils ont également rallié les routes françaises pour présenter leur dernier projet, High Damage, depuis l'automne dernier. Adepte des projets collaboratifs avec les piliers dub de la scène hexagonale, High Tone s'est cette fois-ci entouré de Brain Damage. Une nouvelle expérimentation sonore à la limite de l'hybride et des racines même du dub, noires et ténébreuses. High Damage va en tout cas passer au révélatron de l'Usine, à Istres.

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(crédits photos : Olivier Hoffschir // Scène avant, High Tone)

High Damage sera, quoiqu'il arrive, un pari réussi : la sortie de leur album éponyme le 26 mars dernier n'a fait que confirmer les excellents retours de la pré-tournée de 2011. Cela faisait quelques temps que High Tone ne s'était pas reconcentré sur des projets plus annexes dans ses expérimentations musicales : on se rappelle de "Kaltone" en 2002 (avec Kaly Live Dub), de "Highvisators" (avec Improvisators Dub en 2005), de "Wangtone" (avec Wang Leï en 2005) puis de "Zentone" (avec Zenzile en 2006), puis un silence radio assez saisissant depuis cette période-là. Il aura simplement fallu prendre son mal en patience pour retrouver cette fameuse synergie des genres.

La Dub Session de Brain Damage

Ce parfum, il règne dans l'Usine istréenne. Même si le public ne s'est pas déplacé en masse. Le sold out affiché par Chinese Man et Deluxe aux Docks des Suds de Marseille quelques dizaines de kilomètres plus loin doit probablement y être pour quelque chose...
Pour débuter, Martin du groupe Brain Damage, s'est chargé de lancer la soirée. C'est en réalité le seul rescapé du groupe dans sa configuration normale puisque Brain Damage, avec les changements d'horizons de Raf le bassiste, n'existe pratiquement plus... Ceci dit, afin de faire perdurer le groupe, Martin s'est orienté vers l'animation de soirées sound system et cette première partie dévoile ce Brain Damage reconverti. Un son bien sûr très reggae/dub, simple mais tellement dansant qu'il n'aura fallu qu'un petit quart d'heure pour que les ondes se propagent dans l'Usine. Passé en mode Brain Damage Dub Sessions, Martin a régalé le public durant ses 40 minutes de mix avec les excellents "Royale Salute", extrait du skeud enregistré avec Sir Jean (MC du Peuple de l'Herbe) ou le très roots "Genetic Weapon" en featuring avec Tena Stelin. Mixant ses différentes collaborations comme avec Brother Culture ou Madu Messenger, il n'en fallait pas moins pour surbooster la scène.

High Damage, une autre époque

Avec un public remonté à bloc, High Damage enchaine sans temps mort : les musiciens d'High Tone étant déjà installés et dissimulés dans la pénombre, peuvent reprendre à la volée, le concert. Désormais, le public choisit dans quel sens il veut suivre les débats : du côté de la scène d'High Tone, ou à l'opposé, vers Martin. Les animations poussent à choisir le premier choix : la scène est parsemée d'écrans, les musiciens à peine visibles. Les projections envahissent la salle et les écrans, se reportant aussi sur les spectateurs. L'ambiance est plus que réussie, le concept, ingénieux. High Tone joue... et tous les tracks sont ainsi renvoyés sur la table de mixage de Martin qui les transforme à sa guise !

A pas feutrés, l'ouverture se calque sur celle de l'album avec The Dawn. Un dub léché où les instruments sont à peine effleurés enveloppe la salle dans une atmosphère plus obscure... Balancées du côté sombre du groupe, les machines se font dominer par la richesse des explorations : d'entrée, les souvenirs ressurgissent. Pour les amateurs de High Tone de l'ancienne époque, celle des certains "Acid Dub Nucleik" (2002) ou des "Bass Temperature" (2001), il règne un parfum d'ethno/dub dans cette salle enfumée... Avec des Influences orientale ou encore indienne, le nouveau visage d'High Tone affiché sur "Out Back" (sorti en 2010) paraît très loin. Un constat qui se remarque une nouvelle fois sur Stereovision, mélange de dub brumeux interstellaire, où les carillons laissent la place belle aux scratchs.

Jouissant d'un bain de jouvance retrouvé, les deux groupes haussent finalement le ton avec des morceaux plus rythmés : les sonorités développées sur le très très bon album "Underground Wobble" (2007) refont surface, et elles sont toujours aussi bien travaillées. Watching You et Nuclear Ambush en jètent avec leurs embardées lunaires, presque urbaines. Le dub planant devient quelques instants rugueux, rappelant un vieux hit du groupe, The Orientalist. Pour rester dans le dur, Dub On Tune In and Drop Out et ZZZ corsent le tout : saturés et surboostés, l'aggressivité monte d'un cran lorsque les écrans finissent par coulisser et dévoiler l'intégralité du groupe... Ondes positives pour samples à souhait, High Damage vient de basculer : leur dub est en train de muter, l'intensité de quadrupler.

Bien décidé à clôturer en feu d'artifice, le premier single finit par enflammer le set : The Dusk, très inspiré de Ask The Dusk (qualitativement et musicalement), prend le relai. Du haut de ses plus de six minutes, les basses glacées du morceau frappent avec les percussions arides résonnant dans la salle. Pourtant un immense vrombissement finit par vous propulser dans le vide. Scratchs à tout va, guitare déchirante, les murs en tremblent et Istres est entraîné dans le néant ! Une claque qui, comme à l'accoutumée, en appelle une autre. La dernière. Brain Tone porte le coup de grâce : à l'ancienne, un dub digital, oriental et très roots qui condense presque à lui tout seul toutes les évolutions musicales du groupe en dix ans. Et ce, en cinq minutes...

High Damage a frappé là où ça fait mal : il a ravivé les souvenirs d'une période musicale plus ancienne en se sublimant. Après il est clair que la pâte de High Tone se ressent davantage que celle de Brain Damage, mais le voyage permet de faire escale sur toutes les pistes de l'album. Les prestations, carrées, transforment réellement la dimension de ces morceaux. Elle est là la franche réussite.

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                        (crédits photos : Olivier Hoffschir // Scène arrière, Brain Damage)

High Tone, la cerise sur le gâteau

Et pourtant, la soirée n'est pas finie. Après le plat de résistance, les lyonnais d'High Tone rajoutent plus d'une heure de plaisir supplémentaire sans prendre la moindre pause. La tournée de "Out Back" (2010) désormais rodée, ce mini-set va chercher à condenser la crème de la crème : si les spectateurs ont apprécié ce retour aux sources à travers High Damage, High Tone a surtout voulu démontrer qu'il ne choisirait pas la facilité. En intro, c'est Altered States qui lance les festivités de manière très posée, à la limite du dub/noisy.

D'ailleurs, beaucoup de tracks issus du petit dernier font partis du set : le très punchy Boogie Dub Production décolle la plèvre, Dub What se sature, le dubstep s'affirme... High Tone brouille les pistes, le roots frappe à la porte avec l'énorme Rub-A-Dub Anthem en featuring avec Pupa Jim, l'éclectisme prend le pouvoir. Petit retour en arrière, les lyonnais vont piocher dans "Underground Wobble" (2007) pour affiner leur set : Freakency, tortueux, ainsi que le démoniaque X-Ray. Bourré d'échos, d'éclats et de scratchs, il s'en dégage une profondeur presque abyssale. D'autant plus que le groupe ne se contente pas d'interpréter les titres tels quels, ces derniers sont davantage revisités. Dans cette effervescence, nul doute qu'il faut lâcher les chiens : retour sur l'album "Out Back" avec Dirty Urban Beat et surtout Uncontrolable Flesh, d'une violence inouïe encore renforcée, qui frôle l'assaut final à coups de beats flats. Le pouvoir a été abandonné au dubstep, les déflagrations ravageuses...

Histoire de retrouver ses esprits, High Tone s'accorde un peu de répit : au rayon des incontournables, Bad Weather n'est pas oublié, et le temps du rappel est très vite écoulé tandis que la dernière bataille débute. Spank, hit du dernier skeud, voit (enfin) sa version live au niveau. Un dubstep sale et corrosif, avec toujours la petite touche orientale d'High Tone, et nouvelle pluie de beats sur l'Usine. Pas encore HS et toujours debout, Istres peut profiter : Ask The Dusk focalise l'attention et recharge une dernière fois les batteries. Dans l'explosion des sens qu'on lui connait, elle procure aussi cette sagesse retrouvée dans ses dernières minutes. La boucle est bouclée, enfin, il paraît.

Jamais résigné, toujours aussi généreux, High Tone a parfaitement assuré en cette fin de soirée finalement marquée par le dub dans ses déclinaisons. Affichant une belle maîtrise des nouveaux morceaux, cette tournée apparaît bien carrée... et High Tone ressourcé.

La force tranquille en quelque sorte.


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupes : High Damage (High Tone meets Brain Damage) + High Tone + Brain Damage Dub Session
Date : Vendredi 13 Avril 2012
Lieu : l'Usine
Ville : Istres (13)
Durée : 2h45
Crédits photos : High Damage, site officiel
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03 avril 2012

[Live Report] Festival de la Meuh Folle - Jour 2 : Comme un vent de folie...

Après une première soirée satisfaisante en terme d’affluence, le festival de la Meuh Folle d’Alès change de peau ce soir. L’électronique laisse sa place au rock français avec des groupes comme Babylon Circus et La Caravane Passe qui vont se succéder sur les planches du Capra. Une soirée où ça va encore swinguer !

Contrairement à la veille, les festivaliers sont arrivés de bonne heure pour pouvoir profiter pleinement des quatre groupes de ce samedi soir. Et même s’ils sont moins nombreux que l’énorme second soir de l’édition 2011, l’affluence totale a dépassé le fameux seuil symbolique des 4 000 entrées avec 4 005 festivaliers ! Lorsqu’on dit que des soirées ne tiennent à pas grand-chose, c’est tout à fait vrai. Samedi, le Capra baignait dans un parfum différent, un parfum de grande soirée. Et en peu de temps, tout a basculé.

Lefeskiskou : entre provoc' et efficacité

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Lefekiskou. Un nom atypique pour un groupe atypique. Chargée de chauffer la salle avant que les ‘grands’ arrivent, cette bande de copains de Saint-Ambroix (proche d’Alès) a fait son petit effet dès l’ouverture des portes. Trois quarts d’heure pour ne pas passer inaperçu et mettre un joyeux bordel. À mi-chemin entre costumes et déguisements à la Marcel et son Orchestre, Lefekiskou ne cherche pas à être irréprochable d’un point de vue musical, mais arbore surtout un côté déglingué attachant. Tantôt punk, tantôt rock (pour ne pas dire aussi reggae et ska), Lefekiskou se paye un set énergique et surtout comique devant les festivaliers déjà sur le pied de guerre. Toujours en train de chatouiller le public, Lefekiskou a même réalisé une sortie à la Stupeflip : « vous en voulez une dernière ? Oui ? Allez on se casse ! » pour finalement faire sursauter une poignée de festivalières étourdies en montant brutalement le son des enceintes durant l’inter-scène. Simple, mais efficace !

La Caravane Passe... à toute allure

MEUH 2012 2 (7 sur 29)

Il y avait les fans et les sceptiques. Sincèrement, il fallait jouer les têtus pour rester insensible à la performance de La Caravane Passe. Dire qu’à la même heure, la veille, on se demandait si l’ambiance allait bien finir par monter, il aura fallu moins de dix petites minutes pour que La Caravane Passe mette le feu aux poudres. Une introduction à la limite du dub pour un groupe qui, grossièrement, s’est vu coller une étiquette de rock manouche sur le front. C’est bien connu, les étiquettes sont des raccourcis stupides et très réducteurs, à vous de les décoller !

Une fois les œillères et autres préjugés mis de côté, imaginez-vous « salade, tomate, oignon, qu’est ce que tu mets dans ton kebab ? » en musiques gitanes. Second degré, humour, délires en tout genre, La Caravane Passe dépasse tous les stéréotypes inimaginables. Surnommée la « Mano Negra des Balkans », on s’imaginerait presque les Gypsy King en train de faire de l’électro : Like a Sextoy, en clin d’œil aux femmes, en a d’ailleurs fait sourire plus d’un…

Entre deux ou trois versions de balkan zouk comme sur l’épatant Zinzin Moreto, La Caravane pioche dans différents styles : musique tzigane, rock, ska, dub, électro… Difficilement contrôlable, Moustache On The Stage est poilant et cruellement jumpant avant que tout le Capra se mette à chanter à tue-tête le refrain de Bulibasha. Ayant cette incroyable faculté à faire danser quelque soit le rythme imprégné, La Caravane Passe et ses Balkanski Bal en aura fait voir des vertes et des pas mûres… Avec un tel oaï durant plus d’une heure, c’est Babylon Circus qui devait presque se demander si on ne lui avait pas voler la vedette : la copie rendue par La Caravane Passe a été ravageuse.

Babylon Circus enfonce le clou

MEUH 2012 2 (26 sur 29)

La fête, la convivialité, le partage. Après La Caravane Passe, le show du Babylon Circus ne pouvait que se dérouler de cette façon. Esprit manouche, rock festif proche de la fanfare par moment, les neuf membres du Babylon Circus se sont chargés d’enfoncer le clou durant l’heure trente restante. Telle une grosse machine, les mille concerts déjà dans les jambes du Babylon en près de 17 ans d’existence n’ont pas du tout lassé Biloul, le chanteur au chapeau survolté de Babylon. Toujours aussi explosif et désireux d’en faire encore plus, ce fut aussi l’occasion de partager un nouveau grand moment de fête.

En guise de bagage, le Babylon Circus use sur les routes son petit dernier « La Belle Etoile », qui remonte déjà à 2009. La tournée, elle, est plus que rodée. Avec un show maîtrisé de bout en bout, Babylon n’a jamais craché sur l’ancienne époque. Un dernier opus frôlant la chanson française et la pop ne lui a pas fait oublier d’où il vient : « Au Marché des Illusions » ou « Dances of Resistance » sont loin d’être enterrés. Si beaucoup de tracks de « La Belle Etoile » ont été joués, les morceaux se sont intercalés de manière assez juste.

Si le début peut surprendre avec notamment Sur La Tête et ses notes aux synthés, les racines ont refait surface : très rapidement, De la Musique et du Bruit ou J’aurais Bien Voulu reviennent au galop. Dans les sonorités plus anciennes, Babylon Circus n’a pas oublié ce bon vieux Sista à la limite du raggamuffin et finit par se lâcher. Presque en continuité du concert précédent, La Caravane déclenche une nouvelle vague de pogos sur des « la caravane passe… la caravane passe, elle ne fait que passer et les chiens n’ont pas fini d’aboyer ! ». Terriblement revitalisant, le Capra s’est presque surpris d’être happé par cette onde positive dégagée sur scène. Et histoire de rester dans le dur, le Babylon en a profité pour présenter quelques nouveaux morceaux de son futur album, prévu pour la seconde moitié de 2012. Que l’on n’oublie pas que nous sommes tous des fils de manouche, une première pique a été lancée en vue des présidentielles de ce mois-ci.

Entre l’imagination d’un journal télévisé qui traiterait objectivement l’information et une cruelle révélation sur Le Fils Caché du Pape, Babylon Circus a aussi mûri à travers ses chansons. La complicité qu’il cultive avec son public n’est pas anodine, il a cette faculté particulière de faire la main mise sur ses concerts. Entre L’envol ou La Cigarette Après l’Amour, ses histoires sont racontées avec malice auquel le public peut s’y identifier… Un signe qui ne trompe pas.

Entre une invitation de mariage au soleil et l’occasion de se remémorer, en acoustique, les souvenirs du temps qui passe, inutile de préciser que Babylon Circus a encore décroché la cible…

Djemdi termine en beauté

MEUH 2012 2 (3 sur 29)

Il est assez rare de le souligner, mais ce samedi soir (qui avait soulevé quelques doutes) s’avère être un carton plein. Dans l’effervescence provoquée par les deux précédents groupes, Djemdi n’a fait que perdurer la bonne humeur ambiante. Les Grenoblois de Djemdi ont tombé le masque pour s’emparer de didgeridoos, percussions, djembé avec une basse bien placée. Partis dans leur délire des couleurs, chaque compo portant le nom d’une couleur, Djemdi est allé marteler une dernière fois le parc des expos avec une trance entraînante. Là où le festival avait déjà expérimenté ce type de dernière partie, les méconnus de Djemdi se sont montrés aussi efficaces que les cadors français tels que Hilight Tribe de passage à la Meuh il y a 2 ans.

Partie à la chasse aux rythmes effrénés, la soirée ne pouvait se ponctuer que par un tonnerre d’applaudissements. Et se dire comme à chaque fin de festival : « à l’année prochaine ! ».


LE SAMEDI DANS LE DETAIL

Groupes : Babylon Circus + La Caravane Passe + Djemdi + Lefekiskou
Date : Samedi 31 Mars 2012
Lieu : Le Parc des Expos
Ville : Alès (30)
Durée : 20h-2h
Affluence : 2 300 personnes
Crédits Photos : Olivier Audouy (galerie photos à venir)
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02 avril 2012

[Live Report] Festival de la Meuh Folle - Jour 1 : L'électronique prend le pouvoir

9e édition pour le festival de la Meuh Folle d’Alès dans le Gard ce week-end. Au programme, deux soirées à thèmes : en ce vendredi soir, c’est l’électronique qui prend le pouvoir du Parc des Expositions.

Avec Le Peuple de l’Herbe, Tha Trickaz, One Noise et Arthis, les organisateurs ont tablé sur une valeur sûre : les lyonnais sont toujours aussi fédérateurs et le fameux seuil des 4000 festivaliers est toujours l’objectif à dépasser. Mais sachant que les vendredis de Meuh Folle ne se passent jamais comme prévu (Cf l’édition 2011), gare aux mauvaises surprises !

Sur le papier, la programmation était un peu moins fringante que l’édition précédente. Du moins pour le samedi soir. Pourtant, attention à ne pas attribuer trop d’importance aux a priori. La réussite d’une soirée tient souvent à peu, c’est un tout, un ensemble, une performance collective dont il est difficile de prévoir.

Tha Trickaz s'est battu avec ses armes

MEUH 2012 (18 sur 18)

Pour ce qui est du vendredi soir, le Cercle des Étudiants de l’École des Mines d’Alès avait donc décidé de le placer sous le signe de l’électronique. Une démarche appréciable tant, jusque-là, peu de groupes de ce registre n’avaient eu carte blanche toute une soirée. Après une première partie locale pop-rock Arthis, le parc des expos passait donc sous le contrôle de Tha Trickaz. Avec les deux félins parisiens aux manettes (ceux que l’on surnomme Tha Vietnamists par leurs origines), la vague dubstep était ainsi annoncée sur le Capra dès 21 h. Malheureusement, c’était sans compter sur un public cruellement amorphe sur la première partie de set. Trop peu de monde (seulement quelques centaines de personnes au début du set de Tha Trickaz) et voilà que le groupe voyait sa tâche se compliquer. Les deux DJ’s ont essayé derrière leur masque d’enflammer leur show, progressivement, et à force de se battre avec leurs armes, ils y sont parvenus.

Véritable bric-à-brac électronique, platines, mpc, synthés analogiques et machines ont fini par prendre le dessus. Dubstep, électro, hip-hop, les deux DJ’s puisent dans leur armoire à son. En pleine bourre, les festivaliers ont eu droit à un inévitable remix de Skrillex pour rester dans l’actu, tandis que Dj Pho et Dj iRaize se démenaient pour balancer les bons samples. Avec de l’énergie à revendre, le groupe a repoussé les frontières obscures de l’électronique : du hip-hop à la drum’n'bass, l’incontournable Megaphone a rendu la basse vrombissante avec une instru surboostée pour le live. Les habitués se seront notamment régalés sur le track Tha Vietnamists, à coups de bons vieux scratchs et de sonorités indiennes. Indiennes, car Tha Trickaz n’a pas oublié ses racines et n’hésite pas à métisser ses shows… Cette dimension ne tardera pas à gagner en intensité sur l’effroyable Saïgon to Paris, aller simple dans le riche univers des deux matous !
Face à un public qui a enfin daigné se montrer à la hauteur de la qualité du groupe, Tha Trickaz répond de la meilleure des manières : en balançant leur remix de Miss Chang (Chinese Man), un des Dj’s finit par se dresser debout sur sa table de mixage puis slame dans la foule…Tha Trickaz est définitivement adopté !

Malgré cette heure et quart de haute volée, le show de Tha Trickaz laissera pourtant un goût amer : si les absents ont toujours tort, la faible affluence de première partie de set a irrémédiablement canalisé l’ambiance. À se demander si ce n’est pas une erreur de les avoir programmés si tôt dans la soirée…

Le Peuple de l'Herbe réveille le Capra

MEUH 2012 (6 sur 18)

Têtes d’affiche de ce vendredi soir, les Lyonnais posaient pour la première fois leurs valises en terre alésienne. Après que la Meuh ait déjà fait venir auparavant High Tone et Kaly Live Dub, il semblait tout à fait cohérent que leurs voisins du Peuple de l’Herbe leur emboitent le pas.

Avec leur tout nouvel album sorti en ce début d’année (« A Matter of Time »), les Lyonnais n’ont guère tardé à enflammer la foule. Avec près de 1700 personnes amassées contre les barrières, Judge Not a été le premier à allumer la mèche. Il faut dire que les deux MC’s Sir Jean et JC 001 étaient relativement en forme. La fameuse patte du Peuple ne tarde pas à se faire ressentir : machines électroniques, flow tantôt ragga tantôt hip-hop, et la célèbre trompette de N’Zeng est bien sûr présente.

Pour faire monter la foule à température, les gros brûlots purement électroniques ont martelé le Capra : Dopebeats fut un régal par sa saturation et fit voler la fosse en mille morceaux… Le constat est identique sur The Fall où, noyés dans la fosse, quelques lycéens ont dû apprendre durement le BABA des pogos. Par temps de rage, même si nous n’avons pas eu droit à l’excellent track Parler le Fracas en featuring avec La Canaille, Le Peuple a parfaitement maîtrisé les différences de rythme : pour récupérer son souffle, rien de mieux que le titre éponyme de l’album « A Matter of Time », parlé, mais aussi marqué par une séquence de beatbox.

Entrecoupés de vieilles compos, c’est toujours avec bonheur de retrouver des tracks comme Traces, frénétiques à souhait comme si l’on partait à la recherche du temps perdu. Mais au rayon des flows dévastateurs, Le Peuple en détient une flopée : l’irrésistible Look Up !, grosse tambouille entre les différentes influences du groupe, a soulevé le Capra. Bien décidé à ne pas lever le pied, le quart d’heure de gloire n’était pas bien loin : Le Peuple est allé ressortir des tiroirs un incontournable qu’il avait arrêté de jouer, le fameux Herbman Skank qui l’a fait connaître il y a plus de 10 ans. Boosté, cuivré, revisité mais toujours aussi fracassant, une bonne dose ragga pour tous les rude boy qui ne l’attendaient plus. A la limite de la drum’n'bass, la puissance des MC’s au micro fut à couper le souffle… Et lorsque No Escape pointa le bout de son nez, il semblait bien que les aiguilles se soient arrêtées de tourner !

Inépuisable, Le Peuple s’est fait plaisir. Et cette communion avec le public n’allait pas se terminer ainsi… Après ce passage plus roots, les derniers coups de boutoir retentirent : History Goes, un des nombreux piliers de « Radio Blood Money » (2007), raisonna à travers ses beats industriels avant que Not a Test passe en mode digital ! Numbers, également issu du petit dernier, transforma une dernière fois le Capra en un immense dancefloor…

Le Peuple de l’Herbe a encore frappé, le parc des expos a succombé…

One Noise, la déception

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Après un tel affront, on pouvait s’imaginer que la soirée allait pouvoir s’achever paisiblement… Il faut dire que la tâche ne s’annonçait pas de tout repos pour One Noise. Jeune groupe gardois, ce dernier avait comme mission de clôturer la soirée, mais surtout de maintenir l’intensité qui s’était propagée dans le Capra.

En programmant du dub après Tha Trickaz et Le Peuple de l’Herbe, le choix paraissait tout à fait logique et la majorité des ingrédients étaient réunis pour terminer la soirée comme il se doit. Trop fatigué ou tout simplement démotivé, le public n’a pas répondu très favorablement à l’appel du pied du duo gardois. Avec un set très linéaire, des morceaux parfois longuets, il a manqué ce petit brin de folie du côté de One Noise. Dommage…

Les trois coups ont donc été lancés avec cette soirée consacrée aux déclinaisons de l’électronique. Si l’affluence a été bien supérieure à celle du vendredi de l’année dernière (1 700 contre 1 300 personnes), il apparait dommage que celle-ci ait été fluctuante : peu de monde sur Tha Trickaz et une ambiance qui n’a atteint son pic que sur le Peuple de l’Herbe. Pourtant la qualité, elle, était bien au rendez-vous.


LE VENDREDI DANS LE DETAIL

Groupes : Le Peuple de l'Herbe + Tha Trickaz + One Noise + Arthis
Date : Vendredi 30 Mars 2012
Lieu : Le Parc des Expos
Ville : Alès (30)
Durée : 20h-2h
Affluence : 1 700 personnes
Crédits Photos : Olivier Audouy
Egalement disponible sur : www.discordance.fr

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11 février 2012

[Live Report] "A soir, les Cowboys Fringants ont assuré le party !" | Halle Tony Garnier | Lyon | 09.02.2012

Les Cowboys Fringants sont en Europe tout le mois de février : avec leur nouvel album "Que du Vent" sous les bras, les québécois ont investi la halle Tony Garnier de Lyon devant plus de 3000 personnes. Le constat, lui, est implacable : les Cowboys jouissent d'une immense popularité chez le public français qui lui a encore magnifiquement rendu.

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Pas de première partie : le nombreux public lyonnais va être immédiatement plongé dans la grande marmite québécoise. Chez les spectateurs, la diversité est éclatante. Un peu comme lors des baléti de Massilia Sound System, il s'en ressort la sensation d'une grande famille ayant choisi de se réunir dans un lieu commun afin de partager un florilège d'idées et de valeurs. Toutes les tranches d'âge sont représentées mais la ferveur, elle, est intacte : les Cowboys, comme dans tous leurs passages en France, ont résolument affaire à un public de passionnés.

Et d'entrée, les québécois ne chercheront pas à faire de bonnes manières : sur leurs premiers morceaux, ils se sont déjà mis le public dans la poche. Le single de "Que du Vent" (2011), l'énorme "Paris-Montréal", lance la soirée. Si l'on pouvait penser que ce morceau serait gardé pour la fin du party, c'était se mettre le doigt dans l'oeil ! Plus rock, la dernière galette fait des ravages sur une telle ouverture avec l'intense couplage violon/batterie/guitare. Tellement d'actualité, "tu m'écris, il pleut à Montréal, je te lis, il neige à Paris" que ses "oh! oooooh" provoquent déjà l'histérie ! La proposition de Karl, "vous voulez venir manifester avec nous ce soir ?" fait comprendre que, pour le second morceau interprété, le joyeux bordel va se poursuivre sur l'incontournable "La Manifestation" : "à la manifestation, on rêvait de révolution..." pour dégringoler dans une cascade à vent.

Toujours très engagés et concernés par les problématiques environnementales -dont l'équivalent d'1$ du ticket de concert acheté va directement à leur fondation-, les Cowboys Fringants lancent la première flèche à travers le très acoustique "Histoire de Pêche". Un premier voyage rythmé, marqué par l'accordéon en son introduction, puis submergé par les embardées endiablées du violon : destination les rives de la Gaspésie.

Très proche du public et le faisant participer à de multiples reprises, les Cowboys enchaînent les hits dans cette première partie de concert : "La Reine", l'un des nombreux incontournables morceaux de "La Grand Messe" (2004), vient fleurir la halle Tony Garnier. Partie tambours battants, la bande à Karl lève un peu le pied pour interpréter des compositions plus calmes de leur répertoire. Si les Cowboys ont enchanté par leur début de set, ils sont aussi appréciés pour leur manière à raconter des histoires. Notamment celles présentent sur "L'Expédition" (2008). Plus noir, plus sombre, plus nostalgique, "Entre Deux Taxis" s'apparente presque à un plaisir perdu ; "L'horloge", si les sonorités sont plus rock que folk, relate toujours avec mélancolie le temps qui passe "mais les aiguilles tout au fond de l'horloge battent la mesure et jamais ne dérogent, elles nous rattrapent laissant dans leur sillage les rêves que l'on n'a pas réalisés qui s'essoufflent à la façon d'un mirage, cédant le pas à la réalité, c'est la vie...".

Toutefois, si cette face sombre des Cowboys découverte sur "L'Expédition" (2004) présentait un côté clairement moins festif, cette dernière n'a pas été réellement conservée pour le live : "cet état d'esprit bouffon et festif nous a manqué sur la dernière tournée" avoue Karl Tremblay (sur le site www.ledevoir.com). "On a beaucoup aimé "L'Expédition", (...), c'est bien des chansons comme "La Tête Haute", mais à un moment donné, en spectacle, c'était pas ça qui était le plus fun à faire" termine le chanteur.
Une chose est sûre, c'était le côté ludique qui a été conservé : rien qu'à en juger des nombreux déguisements des musiciens et les délires des uns et des autres, le party était placé sous le signe de la fête !

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Après une grosse vingtaine de minutes d'entracte, les Cowboys Fringants ont respecté leur tradition, la deuxième partie du concert a pu repartir sur les chapeaux de roue. Très "cheyenne", les québécois sont toujours autant adeptes de leurs célèbres portraits comme sur "Marilou S'en Fout" rappelant ainsi "La Catherine".
Plus acoustique, "Droit Devant" conte la magnifique histoire de "L'Expédition" pendant que "Si La Vie Vous Intéresse" invite l'auditoire à "célébrer cette grand messe". Rallongée, cuivrée et symphonique du haut de ses 7 minutes, la virulence avec laquelle Marie-Annick Lépine a interprété le morceau au violon est tout simplement dément !

Au rayon des revendications et d'une société en contradiction, Les Cowboys nous avaient bien réservé au frais quelques uns de leurs nombreux brûlots engagés tels que "En Berne" et son refrain "si ça le Québéc moderne, moi j'mets mon drapeau en berne !" où les étendards pouvaient enfin flotter dans la halle Tony Garnier. L'engagement social ne leur est pas non plus étranger, l'excellent "Shooters", très musique trad', est dédié aux travailleurs de l'usine Electrolux de l'Assemption qui vient de fermer et laisser plus de 1300 personnes sur le carreau.

Les Cowboys, entre quelques poussières d'étoiles, ont choisi la dernière phase du concert pour assaillir un public qui ne cesse d'en redemander : une pique est adressée aux nouvelles stars musicales ou télévisuelles préfabriquées sur "Télé", très disco et rock des seventies, ou avec les délires saturés sur "Le Réel des Aristocrates" cruellement dansant ou un "Joyeux Calvaire !", très jumpant.
Très demandés, "Leopold" a bien sûr été interprété aux côtés du touchant "Mon Chum Rémi", "heille Rémi, fais pas de connerie ! J''t'aime ben la face, pis tu m'dois encore cinquante piass' !', chanté par une halle Tony Garnier à l'unisson.

Magique, joueur, le groupe a taillé une part belle à des compos encore plus anciennes : impossible de ne pas jouer "Awikatchikaën" ou ce bon vieux "Marcel Galerneau" qui provoquent une vague de souvenirs de "Sur Mon Canapé" (1998) aux "12 Grandes Chansons" de 1997.

Vous finissez par vous demander si Les Cowboys Fringants n'ont pas oublié leurs fondamentaux dans cette belle histoire, mais ils nous les avaient gardé pour la fin : Allez, attache ta tuque, comme un mirage, "Les Etoiles Filantes" envahissent la salle. Certains avaient tout prévu, bien au-delà des briquets ou des cellulaires, avec de petites baguettes enflammées pour illuminer la halle. Bercé, le public n'a évidemment pas fourché pour accompagner Karl tout au long des paroles... Entonnant le refrain bien après la fin du morceau, les Cowboys se sont sentis obligés de revenir. Mieux, ils avaient gardé "8 Secondes", "Ti-Cul" et "Plus Rien" sous le coude.

Comme une grande famille qui aurait reçu une leçon d'humanisme, "Tant Qu'il Y Aura de l'Amour" peut arriver à point nommé. Banderoles, pancartes, drapeau, invitation sur scène, les québécois, plein d'humour, avaient remplis leurs valises pour enchanter, à sa manière, le public français. Beaucoup d'anciens morceaux, peu du petit dernier finalement, mais tout le monde a pu repartir content ! Une réussite collective, commune et surtout sincère. Sincère dans le sens où assister à un concert des Cowboys Fringants ne laisse pas indifférent. S'ils nous ont un peu charriés sur notre affolement face à 3 cm de neige (!), ils nous aiment bien quand même, au fond...

Après 2h30 d'échappatoire, la bonne humeur, elle, ne partira pas : dans le métro du retour, nombreux sont encore en train de chanter à tue-tête des mélodies des Cowboys Fringants. Comme une trace indélébile... qui aura bien du mal à s'effacer.

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LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupe : Les Cowboys Fringants
Date : Jeudi 9 Février 2012
Lieu : Halle Tony Garnier
Ville : Lyon (69)
Durée : 2h30
Crédits Photos : Marion Agé, Discordance (galerie photos sur Discordance, mais du concert à Lille le 25 janvier 2012, n'ayant fait aucune demande d'accréditation). Vous pouvez d'ailleurs y lire son live report sur leur passage à l'Aéronef. Cela explique pourquoi aussi le mien ne paraîtra pas sur Discordance, le sujet ayant déjà été traité.

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21 janvier 2012

[Live Report] Izia, l'enfant terrible du rock, de passage à l'Usine | Istres | 20.01.2012

Pour sa première date du So Much Trouble Tour, Izia a attiré 1 500 personnes à l’Usine d’Istres. Si l’intensité a bien sûr été au rendez-vous, l’enfant terrible d’Higelin en a fait voir de toutes les couleurs… Et sur les planches, il y avait comme un air de reprise.

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Après le carton de son premier album éponyme en 2010 et ses Victoires de la Musique engrangées, le moins que l’on puisse dire c’est qu’Izia était attendue au tournant lorsqu’elle avait annoncé la sortie de son second opus, « So Much Trouble ». Dans les bacs depuis novembre dernier, la galette a démontré qu’Izia, sous ses airs de vieille peste trash du rock’n'roll français actuel, détient les réponses à nos maux musicaux. Même si sur ce second album il y a plus de retenue et de maturité -un pléonasme sachant l’âge de la chanteuse-, Izia a su garder cette incroyable faculté à enflammer la scène.

Face à un public de tout âges qui paru pourtant très connaisseur, la fougue de la demoiselle  n’a pas tardé à s’exprimer dès les premiers titres du concert : Lola déborde d’agressivité punk rock alors que So Much Trouble s’avère décapant avec son intro au piano. Derrière, il faut d’ailleurs souligner que les musiciens assurent. Des compos telles que The Light ou Top Of The World symbolisent à elles seules l’harmonie guitare/batterie qui s’en dégage. Conjuguée à la voix puissante d’Izia, l’ensemble gagne bougrement en cohérence.

Mais n’allez pas croire qu’en l’espace de deux ans, la petite Izia a changé ! Pour citer des exemples parlant, elle sort toujours autant de « putain ! » par soirée. Et comme à l’accoutumée, son jeu de séduction touche le public au coeur de la cible. Avec un immense smile tout le long du concert, Izia fait aussi partie de ces artistes qui prennent un pied d’enfer sur scène et qui n’hésitent pas à le montrer.

A la fois sauvage et sensuelle, la féline a failli faire disjoncter l’Usine : très sex, cette dernière a rugi sur Baby, rallongé pour le coup, bouillonant durant dix bonnes minutes. Un morceau chargé d’électricité, où la guitare, ravageuse, a brutalement fait basculer la salle. Et comme pour justifier son image d’enfant terrible, elle a à de multiples reprises modifié les compos à sa sauce… Prenant de court ses musiciens, leurs regards amusés en disent long sur la facette imprévisible de la chanteuse.

Pourtant, on ne pourra s’empêcher de souligner qu’à travers le travail réalisé sur cette deuxième galette, les séquences hurlantes prennent moins de place dans la setlist qu’auparavant. Izia tombe les barrières et part explorer d’autres domaines : l’apparition du synthé sur You’re Love Is A Gift confère un côté pop au morceau alors que I Can Dance est très funky. Le plus frappant sera finalement les mélodies : sur Twenty Times A Day, on se laisse surprendre par les mélodies envoutantes produites par le synthé ou par la justesse du chant, mis en avant. Le constat se répète sur l’excellent That Night et sa sensualité maitrisée.

Pourtant, la jeunesse d’Izia finit par la rattraper. Si elle le reconnut avec humour, on sentait bien qu’il régnait un parfum de reprise à l’Usine : lessivée par l’intensité de cette première partie de concert, une nouvelle fois, elle fut à deux doigts de tomber dans les vapes. S’excusant plusieurs fois, elle convient que cette setlist n’était pas très bien adaptée. On sent encore une période de rodage et le groupe s’était d’ailleurs installé en résidence toute la semaine à Istres pour bien se préparer.

Après trois rappels en guise de récupération, elle fut obligée d’interpréter « ses » brûlots : Back In Tome, le morceau qui la révéla, assiégea l’assistance. Let Me Alone eu son heure de gloire alors qu’un petit délire de la chanteuse l’entraina à se lancer dans la coiffure. Après avoir coupé les cheveux de son guitariste, Fred, le très attendu The Train pouvait combler ses adeptes. Avec malice et humour, on ne pourra que apprécier la proximité qu’elle entretient avec son public.

Désolée de ne pas pouvoir interpréter le très agité Hey Bitch, Izia marqua le point final de la soirée d’une bien belle manière : un Bastard Song solo au synthé qui s’évanouit, comme un souffle, dans le pénombre de la salle.

Une chose est sûre, la petite Izia a bien grandi.

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LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupe : Izia
Date : Vendredi 20 Janvier 2012
Lieu : l'Usine
Ville : Istres (13)
Durée : 1H40
Crédits Photos : Olivier Audouy (galerie photos à venir sous 48h)
Egalement disponible sur : www.discordance.fr

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20 décembre 2011

[Live Report] "C'était le groupe Zebda... de Toulouse !"

Après 8 ans d’absence et une reformation cet automne, Zebda a clôturé à Montpellier ce qu’il avait lancé comme étant son "premier tour". En attendant la sortie de leur nouvel album fin janvier 2012, les toulousains reviennent plus motivés que jamais.

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La salle est comble, il faut dire que c’est sold-out depuis belle lurette. Si la chic Victoire 2 a été préférée au mythique Rockstore de Montpellier, personne ne s’en plaindra tant l’acoustique est toujours aussi plaisante. Le temps a semblé long depuis que Zebda a décidé de dire son stop à son aventure collective, en 2003. Huit longues années se sont écoulées, marqués par les différents projets solos des frères Hamokrane (Mouss & Hakim, Origines Contrôlées) ou encore celui de Magyd Cherfi. Huit longues années où le paysage musical français semblait amputé d’un de ses portes parole contestataires. Là où la nouvelle scène française peine aujourd’hui à rassembler les jeunes derrière un même étendard, Zebda, et le temps écoulé n’a fait que le confirmer, a démontré toute sa capacité à unir un public fidèle à travers les générations.

Dans son registre si personnel, Zebda n’a pas dérogé à la règle : plus affuté que jamais, le retour des toulousains sur les planches de France a été fortement motivé par les élections présidentielles de 2012. La narration est douloureuse, elle renferme toujours cet héritage que les trois chanteurs cherchent constamment à porter : si le groupe a choisi d’ouvrir son set avec ses nouveaux morceaux, ils gardent en eux cette envie de partager. Le Dimanche Autour de l’Eglise, avec un synthé en fonds, conte avec malice le quartier, le marché et le métissage qui le colore. A travers un nouvel album qui s'annonce encore engagé, les membres de Zebda nous ouvrent, à leur manière, les portes de l’Assemblée Nationale avec le morceau Je Ne Sais Quoi. Traitant avec satire l’apparition imagée de Magyd Cherfi sur les bancs des politiciens, ce dernier ne cache pas sa stupeur de remarquer qu’il n’y a que…des blancs. Sur des sonorités reggae, Victoire 2 se met vite à jumper sur les « ils se disent que je suis un je ne sais quoi, un je ne sais quoi, mais c’est quoi ?! ».

La liberté de s’exprimer, la liberté de penser aussi, Zebda en a fait un de ses principes essentiels : D’égal à égal restera un des morceaux fortement apprécié par le public de ce dernier opus. Mélodieux et surtout très francs, les toulousains ne peuvent s’empêcher de jouer sur les consciences : la spontanéité des deux frères s’entrechoque avec la tolérance de Magyd Cherfi et le message est immédiat. Et même si le public attend particulièrement les anciennes compos, la révolution festive de Zebda fait son effet. Avec le charisme qu’on leur connait, Zebda s’empresse de réagir sur le slogan « La France, aimez-là ou quittez-là ! ». Le public sifflant, Mouss les interpelle : « ne sifflez pas, ce n’est pas à cause de nous qu’il a été élu ! ». Sauf que, constat irréfutable, Hakim précise : « partout où l’on va, personne ne vote pour lui… pourtant il a bien été élu ! ». Magyd conclue : « mais il s’adressait à qui ? aux Picards ? ». « Non aux Lorrains ! » ajoute Mous. « Aux Auvergnats ! » renchérie Hakim… Les rires jaunes fusent durant la soirée, mais l’idée d’une société plus généreuse et solidaire reste un des points d’ancrage du groupe. Comme une sorte de fil rouge, le groupe partit plusieurs fois dans des dialogues interactifs teintés d’humour noir.

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Pour revenir à la musique, le groupe alterne plusieurs phases : Le Bruit et l’Odeur, toujours d’actualité, ne manque pas de réchauffer les cœurs. En mélangeant le rock, le raï, la chanson française et le reggae, l’alchimie est vite trouvée. Si musicalement le groupe prend de plus en plus ses aises dans ses interprétations, la ferveur autour de Y’a Pas d’Arrangement est toujours aussi efficace : « y’a pas d’arrangement, y’a pas d’arrangement, y’a pas d’arrangement, y’en a pas non non ! ». En lançant quelques piques à Hortefeux, le groupe enchaîne avec la compo engagée On est Chez Nous et ses « je dessine à la main une troisième étoile, je fais la marinade des peuples métisses, pas de salade, je fais monter les épices… ».

La poésie jamais très loin, Magyd Cherfi excelle dans ce domaine : avec le touchant duo percussions/accordéon Mon Père M’a Dit, « me voilà condamné, pour quelques paires d’années, sans plus savoir pour quelles raisons, à peine qu’on est né, me voilà destiné, à compter les jours plus que de raison ». A l’ancienne mais toujours aussi frais, les hits ne tardent pas à s’enchaîner avec le très oriental Talisma ou  Né Dans La Rue et ses « passe la vie, passe le temps, passe la caravane et pourtant… » avant de faire chavirer Victoire 2 sur un incontournable, Oualalaradime. A s’en rompre les cordes vocales, le public a hurlé le refrain bien après que le morceau soit terminé…

En injectant les nouveautés avec intelligence, le groupe s’est assuré un public unanime sur sa performance : bourré d’énergie, Zebda a usé de bon sens dans sa présence scénique, bougeant dans tous les sens mais prenant la pose en trio à plusieurs reprises. Des moments figés plein de symbolique qui marquent ainsi l’ensemble du groupe : un groupe droit dans ses pompes qui a choisi la musique et le métissage pour passer ses idées. Très communicatif avec le public, la réussite de la chorégraphie sur le rafraîchissement Les Mains n’en est qu’un exemple flatteur.

Jamais à côté de son sujet, le groupe a gardé toute l’humanité que l’on leur connaissait : très proche de son public, le rappel sonnera comme un énième appel à la fête. Tout Semble Si apporte un dose de douceur mais rentre une nouvelle fois en guerre contre le Front National : « n’attends pas qu’ils reviennent, même s’ils n’ont pas d’arme ils sont là, ils ont pris quatre villes déjà, n’attends pas qu’ils nous tiennent… ». Suite logique du set, Je Crois Que Ça Va Pas Être Possible, vient marteler l’auditoire sur les dérives discriminantes de la société.

Avec de nombreux interludes politiques, Zebda a décidé de revenir sur le devant de la scène avec des convictions plein la tête : après une longue présentation de chaque membre du groupe, ils ne pouvaient quitter la capitale languedocienne sans chanter leur fameux Tomber La Chemise. Morceau certainement le plus léger du groupe mais tellement festif qu’il dura plus de 7 minutes. Le temps que Mouss et Hakim, sortis de nulle part, se retrouvent debout sur le bar à slamer dans la foule… Remis de ses émotions, le public montpelliérain se montra d’ailleurs très exigeant et n’en démordra pas : il ne partira pas sans avoir chanté Le Chant des Partisans. Partis en coulisses, les membres du groupe ne pourront rester insensibles face à l’enthousiasme des spectateurs qui chantent à tue tête « motivés, motivés, il faut rester motivés ! ».

Un dernier tour d’honneur avant de se dire au revoir, et surtout un grand bravo pour les deux bonnes heures de show assurées dans tous les domaines : une régie lumière irréprochable, une qualité de son enfin à la hauteur d’une salle du standing de Victoire 2, et un spectacle avant tout festif et militant pour le grand retour du collectif Zebda. En proposant un set très politisé, Zebda a d’ores et déjà lancé sa campagne avant les présidentielles.

Le public, lui, restera motivé. "Profitez-en, parce que nous, on en profite !".

De quoi finir comme à chaque concert : « C’était le groupe Zebda…de Toulouse ! ».


LE CONCERT DANS LE DETAIL

Groupe : Zebda
Date : Samedi 17 Décembre 2011
Lieu : Victoire 2
Ville : Saint-Jean-de-Védas (Z.I. de Montpellier, 34)
Durée : 2h00
Crédits Photos : Caroline Petriz (galerie photos sur Discordance, mais du concert à Toulouse, notre photographe habituel n'ayant pas été accrédité).
Egalement disponible sur : www.discordance.fr

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