05 janvier 2012
[Rétrospective] Les albums français qui ont marqué 2011 (2/2)
On en parlait hier, place aujourd'hui au dernier volet de l'ultime rétrospective de l'année. Présentation des deux derniers albums français qui ont marqué l'année 2011. Dès demain, retour à la normale avec L'Agenda du Musicodrome de Janvier avec quelques jours de retard.
REGGAE : Danakil "Echos du Temps" (2011)
Après deux albums studios et un live, Danakil est revenu à l'aube du printemps avec son troisième skeud, "Echos du Temps". "Dialogue de Sourds" (2008) avait déjà montré toutes les bonnes facettes du groupe : un reggae roots marqué par la figure emblématique Balik, entouré d'une section cuivre bougrement efficace. Danakil, c'est une invitation au voyage sur les terres arides africaines et surtout "Quitter Paname" qui lance admirablement l'album.
Les doutes sur "L'avenir", les paroles sont toujours pleine de sagesse et chargées d'humanisme. La place des coeurs est grandissante sur cet album, il est aussi agrémenté d'une belle floppée de featuring : Natty Jean, Winston Mc Anuff, Matthew Mc Anuff, Dj Lion et l'inépuisable U Roy. U Roy et Danakil qui nous régalent d'ailleurs sur l'avant dernière piste, "Non, je ne regrète rien", reprise reggae de la chanson d'Edith Piaf.
Si le reggae roots produit par Danakil dans un premier temps est dans la lignée de "Dialogue de Sourds", il s'est surtout particulièrement étoffé de nouvelles sonorités traditionnelles d'Afrique. "La Route des Songes" est un régal et vous envoie directement de l'autre côté du miroir, perdu, évasif. Très acoutistique et très "world", on obtient là une des plus belles réussites de l'album. Le constat est sensiblement identique sur "Héritiers du Sort", à coup de riddim "aussi loin que l'oeil peut voir, je ballade ma rétine sur les courbes de l'histoire. Si ça semble dur à croire, la mappemonde se colore à l'encre noire". On voit toute la force de tels morceaux qui ont la réelle capacité d'embarquer l'auditeur parmi les périples du groupe.
La création, le désir de renouvellement, Balik s'efforce de le faire : on restera étonnés de voir "Regards Croisés" avec un phrasé plutôt rap ou encore "A tes côtés", très mélodieux. "Media" est une véritable bombe lancée par le duo explosif des Winston et Matthew Mc Anuff. Décapant, fracassant. Danakil nous propose un album plein de surprises : enregistré entre les studios de Tuff Gong à Kingston et de Manjul à Bamako, Danakil a choisi de s'imprégner au plus prés de l'atmosphère qu'il a voulu retranscrire dans l'album. Une réussite. Beaucoup plus soigné et varié que "Dialogue de Sourds", Danakil s'est entouré de pointures internationales pour l'accompagner sur son album. On en redemande !
Le reggae français n'a pas dit son dernier mot, c'est certain. Il y avait beaucoup d'espérances dans Danakil, elles ne font que se confirmer.
ROCK : A Backward Glance On A Travel Road "A Backward Glance On A Travel Road" (2011)
Derrière le nom imprononçable de A Backward Glance On A Travel Road se cache un jeune groupe montpelliérain, encore méconnu pour la plupart, mais nous avions tâché cet automne de vous les faire découvrir. Une rencontre un peu au hasard, un disque promo jamais sorti de son emballage qui s'est retrouvé par mégarde sur mon lecteur... voilà que le voyage commença. Sans y prêter une réelle attention, le cd se lança. Vous savez ce que c'est les premières fois : on écoute sans réellement écouter lorsqu'on ne connait pas, on fait autre chose, on attend cette fameuse accroche qui va faire office de déclic. Et tous les albums ne peuvent se vanter d'en déclencher un.
Sur "A Backward Glance On A Travel Road", la première piste vous met déjà une immense claque. Emmanuel Jessua et Thibault Lamy, bien connus du paysage montpelliérain à travers le métal produit dans le groupe Hypno5e, se sont lancés dans ce projet avec une créativité qui dépasse tout ce que l'on aurait pu imaginer : "Regular Barbary" retourne les sens et les martèle de manière orchestrale. En près de 6 minutes 30 secondes, l'auditeur passe par tous les stades : de l'électro acoustique à la folk, des percussions au piano, ce premier titre va puiser au plus profond de votre âme. Un peu comme si ce morceau était le fruit d'une rencontre improbable entre Thom Yorke, Ez3kiel et Rodrigo y Gabriela.
Les autres pistes, même si certaines se montrent très inégales, tendent vers une diversité à la fois sombre et maîtrisée. Acoustique et très noir, "Falling" vient déchirer les profondeurs avec choeurs, carillons, guitare sèche et violencelle. Très doux, le silence pesant est parfois entrecoupé d'une batterie qui n'en fait qu'à son aise... Les sonorités rock ne sont jamais très loin.
Sur "Johnny Got His Gun", la folk se fait plus présente et voilà qu'une nouvelle embardée de 6 minutes vient bercer l'auditoire. Chants sussurés, guitare sèche à peine effleurée, coeur du morceau très trip hop digne du monde merveilleux d'Ez3kiel pour finalement exploser dans une marmite de sonorités : du rythmne effréné de la mandoline se répand une chaleur presque Andalouse alors que le morceau se conclu dans un terrifiant appel à l'aide.
Sur les deux mélodies suivantes, "In Absentia Part I" et "In Absentia Part II", A Backward Glance On A Travel Road s'est lancé dans la chasse aux démons : après une parade qui sonne finalement très pop, la seconde partie s'avère davantage réussie. Une nouvelle fois, la force des mots et la poésie que distille A Backward Glance On A Travel Road finit par faire le reste du travail. Puissante pour ne pas dire orgasmique, la subtilité des voies masculines et féminines enveloppe chaque composition dans une chrysalide que l'on n'ose à peine toucher.
Proche de la fin de l'album, il ne compte que 8 pistes, "Hier Régnant Désert" part à l'assaut du temps avec des mélodies cycliques entêtantes où le rock assiège les jeunes remparts érigés. "Heat", lui, ne fait qu'agrandir l'emprise de ce dernier pour faire sauter la forteresse. Dans une véritable incarnation, la folk tend de plus en plus vers le côté alternatif originel du groupe. Dans l'ultime composition, "Approximativement Moi", on se demande bien comment un tel qualitatif peut être accolé à A Backward Glance On A Travel Road. Loin de l'approximation, le son est d'une précision déconcertante.
Avec une intensité fluctuante et un album chargé d'émotions, cette galette retourne les sens. Avec une guitare sèche, une batterie et des samples, A Backward Glance On A Travel Road met le monde à ses pieds.
Lentement, des bruits de pas envahissent les enceintes... la fin est proche. Comme pour rappeler qu'après huit tracks et 40 minutes, "j'essaie de cerner ma propre pensée et la parole. D'où vient la parole ? Peut-être que les gens parlent sans arrêt comme les chercheurs d'or. Pour trouver la vérité, ils éliminent tous les mots qui n'ont pas de valeur. Pour finir, ils en trouvent un. Tout seul. Or, un seul mot tout seul, c'est déjà le silence" (paroles "Regular Barbary").
Morceau "Regular Barbary" A Backward Glance On A Travel Road (coup de coeur) :
04 janvier 2012
[Rétrospective] Les albums français qui ont marqué 2011 (1/2)
Allez, dernier volet de cette rétrospective lancée la semaine passée avec les albums français qui ont marqué, de près ou de loin, l'année 2011. Une nouvelle fois, il est toujours délicat de se lancer dans ce type de rétrospective tant, au fond, cela relève de nos préférences à chacun. Enfin, lorsque nous évoquons les albums marquant de l'année, on reste dans des thématiques alternative et indépendante. Aujourd'hui, premier volet d'une rétrospective composée de 5 albums.
ALTERNATIF : Stupeflip "The Hypnoflip Invasion" (2011)
4 ans passé sous silence, on se demandait si le Crou, après le bras de fer perdu face à BMG, s'en relèverait. Devenu le défouloir des médias, Stupeflip voyait subitement son élan stoppé net avec ses albums invendus ("Stupreligion") sous les bras. Mais au fond, la foi est restée intacte. Cette flamme, cette culture du "culte" a perduré. Il apparaît donc évident que c'est un groupe encore plus fort qui est revenu sur le devant de la scène en 2011.
L'album, lui, est étonnant. Il est de loin le cd le plus soigné du Crou. L'ensemble est équilibré, cohérent, beaucoup moins à l'arrache que dans les skeuds différents. Coming out ? Jamais. Entre hip hop, rock et punk, Stupeflip a désormais franchi un pas : les guitares saturées aux rythmes délurés ne sont plus qu'un vieux souvenir...
Les samples ont envahi le son, les dominances sont à la fois très variées. Majoritairement hip hop, l'esprit punk n'est pas non plus refoulé. Les ambiances "pop" ou "années 80's" avec Pop Hip conservent bien entendu leurs places ("Gaëlle", "G'm les moches", "Le Coeur qui Cogne"), l'album se veut aussi moins "noir". Plus positif, moins casse gueule, les capacités d'addiction des beats sont implacables.
Entre des compos dévastatrices comme "Stupeflip, vite !!!" ou des "Check Da Crou", "Hater's Killah" façon old school, le Stup n'a oublié ses bonnes vieilles méthodes. La religion, elle, est toujours vouée au culte : "Sinode Pibouin", "Apocalypse 894" prolongent l'hypnose tandis que "La Menuiserie" ou "Le Spleen des Petits" les rendent barjos.
L'âme du Crou est plus que présente sur cet album, la troisième ère du Stup est une des plus marquante : les fidèles sont appelés à se rendre au monastère, pour les autres, le temps de la conversion est venu.
Croyais-tu vraiment que la religion du Stup pouvait s'éteindre ?
Clip "Stupeflip, vite !!!" Stupeflip :
MUSIQUES ELECTRONIQUES : Chinese Man "Racing With The Sun" (2011)

Le navire à la bannière bleue et blanche s'est arrêté aux quatre coins du Globe pour y faire 13 escales. "Racing With The Sun" est un peu le recueil sonore de ses escapades. L'Orient reste une des terres les plus appréciées des Chinese Man : elle constitue un des fil directeurs de leur itinéraire. C'est "une invitation au voyage" que nous propose le premier son des Chinese Man.
One Past se déroule sur les terres arides africaines, un lieu plutôt exploré dans les deux premiers volumes en 2007 et 2009. Des sonorités cuivrées et très reggae, flirtant avec le dub, sont prisées pour lancer le set. Après le passage à Cuba avec le très percutant Jumpin'in Havana en 2009, les Chinese ont reposé un pied sur les terres embrasées de Saudade. Chaleur latine, doux brasier qui a favorisé le rythme au détriment de l'intensité pour vaquer vers d'autres horizons. Plus au Sud, Chinese est allé à l'encontre du Brésil. Pourtant ceux sont bien des franco-américains qui ont fait le voyage avec lui pour distiller un son do Brazil avec les claviers du General Elektriks sur Ta Bom.
Chinese Man a décidé de développer à la fois un côté comic à travers sa pochette d'album, mais aussi un univers bien particulier. Il a pris la décision d'engager une course avec le soleil, d'où son titre "Racing With The Sun", monté sur le dos d'un taureau sur fond de soleil couchant avec ses enceintes sous les bras. Il enregistre des sons partout où le monde lui tend les bras : le titre éponyme de l'album est un mélange de gospel dopé au UK dub. Ce côté ballot de paille et fare ouest se ressent encore plus sur "Get Up", en featuring du crew Ex-I, Lush One et Plex Rock. Des samples aiguisés sur un flow hip hop, des notes de banjo et le retour pleine pompe des sons crasseux type phonographe. Un des brûlots incontournables de l'album. La côte US est bien représentée sur ce coup là..
Un virage par l'Asie entre quelques dhôls sur "If You Please" ne suffit pas : "Miss Chang", véritable hit de l'album se montre dévastateur avec les deux MC's Cyph4 et Taiwan. Un peu plus loin, sous des variantes dubstep, "Stand !" montre la face cachée du groupe en infatigables guerriers du son. Plus de 4 minutes de haute volée et de haute voltige, sous le signe du rassemblement des disciples.
En rentrant au pays, les Chinese Man n'ont pas manqué de faire une pause chez leurs potes des Scratch Bandit Crew, "Down", avec une avalanche de scratchs.
Le temps des Grandes Découvertes est peut-être terminé, mais la quête de l'esprit zen est bien en marche. Chinese Man endosse le costume d'explorateurs. D'explorateurs du XXIe siècle.
Clip "Get Up" Chinese Man :
HIP HOP : La Canaille "Par Temps de Rage" (2011)

Finis les tons condescendants et les conseils paternalistes, vos sourires narquois et tous vos traits d'humour racistes. Quand vous sonnerez la cloche seul le silence vous répondra. Vous maudirez votre petit personnel et les traiterez d'ingrats. Et nous, nous les bâtards, les rebus, les déchets danserons autour du grand bûcher de vos rêves déchus.
Sa poésie ne se lave pas.
Quand Marc Nammour s'empare du micro, tout le monde s'écarte. Sa voix railleuse balance des répliques qui te secouent les neurones. Viens, viens écouter ce doux mélange monté de toutes pièces pour te montrer que le rap français a bien plus qu'une corde à son arc.
Un flow bridé pour te transpercer tantôt en anglais (feat. Napoleon Maddox), tantôt en français même si la plupart du temps il utilise la langue de Molière. Le décor change incessamment quand les guitares saturées finissent par te faire comprendre que ce son-là est pur, brut de décoffrage, avec un but ultime : faire bouger les consciences. Par temps de rage, tout est permis.
Comme un concept inébranlable, rien n'a changé depuis "Une goutte de miel dans un litre de plomb" en 2009 : inflation, récession, représentation, soumission, cela n'oscille qu'entre déception et dépression. Mensonges, biftons et trahisons, non, rien n'a changé.
Rêve perdu, comme une machine qui finirait par rattraper le temps. On subit, on y repense. On s'enfonce.
La Canaille ne se prend pas pour ce qu'il n'est pas. Savoir concilier ses idées, ses textes, sa musique, ce n'est pas toujours facile. La peur de l'étranger, les délires sécuritaires, le manque d'humanisme, ça ne fait plus bouger. Pourtant les crèves la dalle, eux, ils sont toujours passés sous silence.
Entre hip hop, rock et chanson française, La Canaille sort son second album. Par Temps de Rage met le feu aux poudres dans les salles avec de la foudre dans les yeux et le rap comme arsenal.
C'est la vie qu'il a choisi, il sait surtout ce qu'il fuit.
C'est ici que ça se joue. Ici et maintenant.
Clip "J'ai faim" La Canaille :
La partie n°2 demain...
03 janvier 2012
[Rétrospective] Hors scène, les tops et flops 2011
Avant dernière étape de la rétrospective 2011 avant un retour à la normale dans les publications : voici un petit tour hexagonal de l'actu hors scène qui a marqué cette année écoulée. Entre rumeurs, séparations ou reformations, on a sélectionné les grands moments de l'année 2011.
LA RUMEUR DE 2011 : DAFT PUNK DE RETOUR ?

Tous les ans, c'est la même histoire. Et il faut dire qu'en l'espace d'une année, tous les éléments étaient réunis pour que le duo casqué se reforme. La rumeur a copieusement gonflé au fil des mois pour finalement retomber comme un soufflé : non, les Daft Punk ne se reformeront pas cette année.
Il y a eu d'abord deux précurseurs, tout deux datant de la fin d'année 2010 : le premier, c'est bien sûr l'apparition sur scène (surprise) en octobre des deux compères aux côtés de leurs potes français de Phoenix sur la grande scène new yorkaise du Madison Square Garden. Le second, c'est une nouvelle surprise avec la réalisation de la bande originale du film d'animation TRON : L'héritage de Walt Disney. A cette époque là, les rumeurs vont bon train. Sur la toile, on entend de tout et n'importe quoi du type que les Daft Punk vont partir en 2011 en tournée inédite pour proposer justement cette BO. Il n'en rien, les Daft Punk sont toujours absents et se montrent assez discrets.
Tout au long de l'année, nous attendons un signe de vie des deux versaillais...qui ne viendra pas. Bien au contraire, ce sont les spéculateurs des grosses machines à festivals qui en font leurs attractions. Qui n'a pas lu que, d'après la rumeur, Daft Punk serait à l'affiche de Rock en Seine ? Pures spéculations, jamais les organisateurs n'ont osé prononcer une telle calomnie.
Le coup de grâce viendra au mois de novembre dernier, lorsqu'une jeune londonienne affirme sur le forum officiel du Daft Club qu'une fuite révélerait l'existence de trois morceaux issus de leur nouvel album prévu pour 2012. Le vice poussé jusqu'au bout, elle donne même un nom à l'album : "Sky Dive". Justifiant que son père travaille chez Virgin Records, c'est lui-même qui a récupéré la fameuse clé USB comprenant les morceaux... Alors têtes en l'air les Daft Punk ? Rapidement la maison de disque a clarifié la situation précisant que c'était un nouveau fake.
Du côté des fans, beaucoup veulent y voir un signe : à chaque période précédant un nouvel album (et par conséquent une nouvelle tournée), le célèbre logo des Daft Punk change de couleur... rouge-orangé pour "Homework", chromé "Discovery", noir "Human After All", bleu "Alive 2007". Après quatre ans de logo inchangé, les couleurs ont été modifiées en novembre dernier... L'espoir fait vivre !
Live "Harder, Better, Faster, Stronger" Daft Punk (2007)
LE GROUPE ATYPIQUE DE 2011 : STUPEFLIP, L'ENFANT TERRIBLE

(Stupeflip, au Festival Marsatac, édition 2011 // crédits photos : Olivier Audouy)
A peine le temps de célébrer la reformation de Stupeflip début 2011, que le groupe a annoncé à l'issue de la tournée de "The Hypnoflip Invasion" que la troisième ère du Stup s'achevait !
Une tournée quasi sold out sur toutes ses dates, un album qui n'a de cesse fait parler de lui tout au long de l'année, Stupeflip a tout gagner en s'étant quelque peu assagis par rapport à ses précédentes sorties. Si les shows ont été beaucoup moins déjantés que lors des tournées précédentes, impossible d'être passé à côté cette année de l'inévitable King Ju.
Le monde tortueux du Stup a de nouveau envahi les salles de concerts, et c'est malheureusement une joie éphémère qui les a accompagné. Groupe incontournable de la scène alternative, sa côte de popularité, malgré le temps, n'a fait que se renforcer. la religion du Stup est partie vers d'autres horizons.
On partage aujourd'hui le clip de "La Menuiserie".
LA REFORMATION DE 2011 : ZEBDA, APRES 8 ANS D'ABSENCE

(crédits photos : Rémy Gabalda, AFP)
On aurait pu parler des Hurlements d'Léo, mais la reformation qui a littéralement marqué cette année 2011 reste Zebda. Le collectif militant et engagé originaire de Toulouse a décidé de reprendre du service, près de 8 ans après avoir quitté la scène commune. Forts de projets solo, Magyd Cherfi et les deux frangins Hamokrane reviennent plus motivés que jamais avec le désir de militer en vue des prochaines élections présidentielles qui n'ont jamais été aussi proches.
La reformation cet automne a permis aux toulousains de proposer une toute nouvelle tournée qui s'est, sans surprise, effectuée à guichets fermés. En attendant la galette toute fraîche annoncée pour la fin du mois, Zebda repart en campagne. Le groupe a retaillé sa setlist tout en profitant de balancer ses nouveaux morceaux. Entre le bruit et l'odeur et les dérapages d'Hortefeux, Zebda n'épargne personne. Festif, franc et honnête, nul doute que Zebda sera un des piliers incontournables du paysage musical français en 2012.
Clip "Oualalaradime" Zebda
LA SEPARATION DE 2011 : X MAKEENA

(X Makeena, Festival Marsatac 2011 // crédits photos : Olivier Audouy)
Il faut citer X Makeena tant l'attraction des rennais a été importante, surtout dans le Nord de la France. Si l'effervescence a mis beaucoup plus de temps à atteindre les côtes méditerranéennes, Le Musicodrome ne pouvait pas ne pas mentionner la fin de l'aventure du groupe de hip hop et drum'n'bass breton. Après une dizaine d'années de bons et loyaux services, X Makeena tire sa révérence. Trois albums, des shows époustouflants pour une intensité ravageuse, nous avons toujours été très admiratifs du son distillé par le groupe. Et comme ils ont aussi jetés un coup d'oeil au Musicodrome par le passé, on leur dit un grand merci et un grand bravo s'ils repassent par ici. Si un groupe a besoin d'un public pour exister, cela marche aussi dans les deux sens.
Nous aurions pu citer aussi La Ruda, bien évidemment. Si le groupe a annoncé au mois de décembre dernier que l'aventure allait s'arrêter, elle le fera en décembre 2012. Ceci explique pourquoi Le Musicodrome connaît déjà un des groupes qui figurera dans les séparations de l'année prochaine. A notre grand regret.
02 janvier 2012
[Rétrospective] Les concerts de l'année 2011
Vraiment par manque de temps, vous savez ce que c'est, réveillon, préparatifs, à la bourre, comme d'habitude... donc la rétrospective des concerts effectués par Le Musicodrome est décalée à aujourd'hui. Pour ce qui est des deux papiers restant (les actus majeures 'hors scène" de 2011 et les découvertes françaises de l'année à travers une sélection d'album) ils sont reportées respectivement au mardi 3 et mercredi 4 janvier 2012.

(The Do, à Marsatac. Crédits photos : Olivier Audouy)
BILAN DE L'ANNEE
Autant dire que cette année 2011 a été très prolifique en matière de concerts, certes concentrés, mais assez diversifiés. Si le choix a davantage porté sur les festivals, il y aura eu de grandes premières qui ont marqué les esprits. Plus apte à bouger et plus de facilités, ce sont peut-être les raisons qui expliquent tout cela. Enfin, car il est aussi utile de le préciser, pouvoir bénéficier d'accréditations via trois structures différentes a permi aussi de naviguer plus. Mais dans un cadre pro, bien entendu. Je tiens d'ailleurs à préciser plusieurs points : tous les concerts où j'ai été moi-même accrédité ont tous été accompagnés d'un live report, dans les 48h qui suivent. Un live report demande entre trois bonnes heures d'écriture et de relecture. Monter les galeries photos et les tagguer, deux bonnes heures de plus. En configuration festival, la review doit être en ligne avant que le soir suivant enchaîne, et les nuits sont bien courtes. Les mauvaises langues sont averties et cela évitera des retours inutiles. En tous cas, 2011 restera un excellent cru ! Si 2010 avait été bien décevant, 2011 a rattrapé la donne. Au total, Le Musicodrome a participé à 21 soirées pour un total de près de 100 groupes vus. En ne comptant pas le nombre important de café concert gratuits qui ont fleuris tout au long de l'année, donc ces chiffres peuvent vraiment fluctuer.
LES CONCERTS EN 2011
Soirée électro (21h-3h) à Marseille : Cabaret Aléatoire (8 mars 2011)
= Missill (Dj Set)
= Toxic Avenger (live)
= The Subs (live)
Festival, La Meuh Folle, à Alès (25 et 26 mars 2011)
= Punish Yourself
= Déportivo
= Broussaï
= The Afrorockerz
= Kaly Live Dub
= Les Ogres de Barback
= Moussu T e lei Jovents
= Merci Marlène
Concert au Rockstore, à Montpellier (16 avril 2011)
= Chinese Man
Festival, Les Rocktambules, à Rousson (21 mai 2011)
= Sinsémilia
= Les Fatals Picards
= Dj Moule (Dj Set)
= Roultaboul et les Banaboos
= Waterllillies
Festival, Les Agglos, à Port de Bouc (10 juin 2011)
= Gari Greu
= Mauresca Fracas Dub
= Naïas
Festival, Bord de Cèze, à Saint Ambroix (9 juillet 2011)
= Stupeflip
= Nasser
= Les Hurlements d'Léo
= Wakkan Tribu
= Têtes d'Allumettes
Festival, Kolorz Electronique, à Carpentras (15 juillet)
= Mr Oizo
= Nasser
= Breakbot
= Starving Burgers
= The Enfant Terrible
Festival, Les Transes Cévenoles, à Sumène (31 juillet)
= Fumuj
= Gaëtan Roussel
= The Chase
Festival, Summer Vibes, à Concoules (18 août)
= Dubmatix
= Joseph Cotton
= Welders Sound System
= T.I.T.
Festival, Festival de Nîmes, à Nîmes (23 août)
= The Offspring
= Shaka Ponk
= Kids In Glass Houses
Festival, Rock en Seine, à Paris (26, 27 et 28 août)
= The Kills
= Foo Fighters
= Paul Kalkbrenner (live)
= Death in Vegas
= Yuksek (live)
= Funeral Party
= Biffy Clyro
= Kid Cudi
= Arctic Monkeys
= Hushpuppies
= Interpol
= Etienne de Crecy
= Death From Above 1979
= BB Brunes
= Concrete Knives
= Deftones
= Simple Plan
= Anna Calvi
= Lilly Wood & The Prick
= Miles Kane
= Nneka
= The Nakes and Famous
Festival, Marsatac, à Marseille (29, 30 septembre et 1er octobre 2011)
= The Shoes
= The Do
= Friendly Fires
= Africa Hitech
= Stupeflip
= X Makeena
= Chinese Man
= Anthony Joseph
= Theophilus London
= Psykick Lyrikah
= La Fine Equipe
= Skip The Use
= The Death Set
= The Subs
= Arnaud Rebotini
= Oh! Tiger Mountain
= Death in Vegas
= Modeselektor
= Rafale
Concert, Secret Place, à Montpellier (17 novembre 2011)
= Sidilarsen
= Warfield
Concert, Cratère, à Alès (25 novembre 2011)
= Les Têtes Raides
Concert, Le Silo, à Marseille (8 décembre 2011)
= Bernard Lavilliers
= Balbino Medellin
Concert, Victoire 2, à Montpellier (17 décembre 2011)
= Zebda
LES OBJECTIFS DE 2011 ONT-ILS ETE REMPLIS ?
Comme chaque année, nous nous fixons des objectifs, des groupes à voir absolument. Le bilan de 2010 avait été très mitigé avec une saison assez calme et surtout aucun objectif rempli (0/5 !). 2011, l'inverse, avec un joli 5/8 ! Voyons ça...
Au rayon des accomplis, nous tenions à voir Fumuj, après tout ce temps, et le rendez-vous fut pris à Sumène cet été. Et quel show ! Ca vallait bien le coup d'attendre... Coup double également au festival de la Meuh Folle avec Déportivo et Kaly Live Dub. Une grande prestation des premiers, une petite déception pour les seconds.
Ensuite, X Makeena. Plus de 6 ans que nous voulions les voir, et on l'aura fait sur leur avant dernière date...de leur existence. Après plus de 10 ans de carrière, les bretons se sont séparés cet hiver sur leurs terres natales, en Bretagne. Inextremis mais terriblement jouissif !
Peu avant la fin d'année, Sidilarsen est également passé à la loupe pour un dance métal endiablé. Bonne nouvelle, on les retrouvera au mois de Juin aux Rocktambules !
Pour les insatisfaits, les années se suivent et se ressemblent : Les Cowboys Fringants, toujours pas vus, ont encore été ratés cette année car ils n'ont pas tourné en France... Mais le rendez-vous est pris à Lyon ou à Marseille dès le mois de février. Enfin !
Il reste également Redbong, mais là aussi, n'étant pas magicien, la fin d'activité du groupe cette année a fort logiquement empêché de voir les lyonnais à l'oeuvre. Enfin, pour terminer, Merzhin. Toujours pas vu et toujours pas de date dans la moitié Sud. Affaire à suivre !

(The Offspring à Nîmes cet été : une soirée magique et des souvenirs plein la tête ! Crédits photos : D.R.)
TOP 10 DES CONCERTS 2011 :
Si l'on devait faire un top 10 des concerts de l'année, ce serait quoi ?
1) Chinese Man au Rockstore de Montpellier
2) The Offspring aux Arènes de Nîmes
3) Shaka Ponk aux Arènes de Nîmes
4) Zebda à Victoire 2 Montpellier
5) Fumuj au Transes Cévenoles de Sumène
6) Arctic Monkeys à Rock en Seine à Paris
7) Stupeflip à Marsatac à Marseille
8) Gari Greu aux Agglos à Port de Bouc
9) Déportivo à la Meuh Folle à Alès
10) The Subs à Marsatac à Marseille

(Chinese Man aux Docks des Suds, crédits photos : Pirlouiiiit)
ET POUR 2012 ?
Les objectifs sont clairs : Les Cowboys Fringants + Shaka Ponk (une nouvelle fois !) + Merzhin + Selah Sue + Izia + Dionysos + Les Rois de la Suède.
Verdict l'année prochaine !
29 décembre 2011
[Rétrospective] Le groupe français de l'année 2011 : Shaka Ponk
Il n'y a pas de surprise dans notre choix de l'année, vous deviez vous en douter. Shaka Ponk a survolé l'actu française cette année pour littéralement exploser aux yeux de tous. Cependant, attention à ne dévaler la pente !
UNE PERPETUELLE ASCENSION

Le Musicodrome a réellement pris le temps, cette année, de s'intéresser de plus près à Shaka Ponk. Il faut dire que depuis 2 ans, les retours à propos de leurs shows endiablés ont fini par nous mettre la puce à l'oreille. Les chroniques, très positives, de leurs deux premiers albums ne faisaient que confirmer que Shaka Ponk avait toutes les cartes en main pour réussir. Et une nouvelle fois, c'est par sa réputation qu'il s'est forgé sur scène que Shaka Ponk a fait son chemin...
Concrètement, Shaka Ponk, à ses débuts, n'y arrivait pas. Sur Paris, bouché. L'idée de s'expatrier en Allemagne a fini par germer et se concrétiser en 2004. Direction Berlin. Là-bas, c'est différent. Les membres du groupe tentent leur chance à fond, nouent des contacts avec des groupes sur le départ, et les gus décident de rencontrer les grands labels, avec leur singe Goz sous les bras. Peut-être qu'ils n'étaient pas pris au sérieux... Les mois passent, puis c'est finalement un des plus gros labels indés allemands qui fait signer les Shaka, Edel Music. Une poignée de dates s'enchainent, puis le tournant s'amorce sur la tournée d'adieu d'un groupe célèbre en Allemagne, Such a Surge. A partir de là, les premiers cachets sont tombés, Shaka sort son premier EP "Hyppie Monkey", 5 titres en 2005. Peu de temps après, la première galette, "Loco Con Da Frenchy Talking" en 2006. Remarqués en Allemagne, les Shaka peuvent partir à l'assaut de la France.
De nouveau, il va falloir se montrer patients. Des dates, mais pas la cohue. Groupe coup de coeur découverte en Allemagne, des premières parties de concert de Korn ou encore de Mudvayne, ça finit toujours par aider.
Début 2009, la première radio française à diffuser les Shaka Ponk est Ouï FM, grâce à leur hit "How We Kill Stars".
Lors de la sortie du deuxième album en 2009, "Bad Porn Movie Trax", l'effet trampoline est immédiat. Le mélange métal, punk et électro cartonne : les concerts se sont peaufinés, la mise en scène est décapante avec des shows réputés comme explosif. Le singe, Goz, est bel et bien devenu l'attraction du groupe. Frah, le chanteur, est initialement graphiste. Mêlant son, lumière et vidéo, le singe numérique représente une partie de l'identité du groupe. Suite à cette tournée endiablée, Shaka Ponk fait logiquement parti des nommés aux Victoires de la Musique 2010, dans la catégorie 'Révélation Scène' de l'année.
La machine infernale est en route...
BO DE LA PUB FANTA AVEC "HELL'O"
Car notre cerveau assimile bien les bandes sons associées aux publicités, Shaka Ponk a vu son premier single "Hell'O" (2006) associé à une publicité orangée de Fanta. Un beau coup de pouce promo
L'EXPLOSION EN 2011 AVEC "THE GEEKS AND THE JERKIN' SOCKS"
Fin 2010, les choses commencent à tourner. De retour au pays, les Shaka Ponk ont usé les routes en faisant une longue tournée de deux ans. Se sentant presque étrangers après ces années passées en Allemagne, Shaka Ponk a eu la mauvaise surprise de voir, qu'en France, la notoriété qu'ils avaient acquis du côté de Berlin différée. Rebelotte les premières parties de concert et les Shaka n'hésitent pas à passer plusieurs fois dans de même région dans un laps de temps court. Et ça marche. Les programmations en festivals s'enchainent, la nomination aux Victoires de la Musique, même sans trophée, aide. Nagui les programme également sur son émission, Taratata.
Après un court break de quelques mois, Shaka Ponk reprend son long périple au printemps dernier avec la sortie de "The Geeks and The Jerkin' Socks".

Entre explosion et cassure, il n'y a pourtant qu'un pas. Ce troisième album est celui de la discorde : l'euphorie dans laquelle est sortie ce nouvel opus est sans comparaison. Grosse promo, passage plus fréquent sur les ondes, des duos remarqués avec Bertrand Cantat de Noir Désir sur "Palabra Mi Amor" ou encore les agités de Beat Assaillant sur "Old School Rocka", Shaka Ponk a trouvé de nouveaux créneaux pour s'afficher, l'album se hisse jusqu'à la 17e place des charts français. Une ascension fulgurante !
Le son est toujours aussi massif et organique mais revêt une apparence beaucoup plus passe partout... Sur ce coup là, "The Geeks and The Jerkin' Socks" est plutôt vu comme un album commercial que celui de la consécration par les fans de la première heure. "Let's Bang" semble taillé pour les ondes, d'ailleurs, c'est celui que l'on entend le plus, et dérive plus vers la pop que les guitares saturées des deux premiers albums. "Sex Ball" ou "Shiza Radio" injecte de grosses doses dance floor dans le rock distillé par les Shaka Ponk et mise ainsi davantage sur l'intensité provoquée que sur la réelle envie de proposer, musicalement, un son plus précis.
Dire que Shaka Ponk est un groupe énorme sur scène mais que, sur ce troisième album, il se perd dans les méandres des recettes de rock à succès, ne serait pas un moindre mal.
Si ce "The Geeks and the Jerkin' Socks" est nettement plus groovy que les précédents skeuds, Shaka Ponk espère-t-il conquérir un public résolument rock ? Peu probable. Jamais le groupe n'a eu la prétention de le faire, et au contraire, il suit son instinct et continue de marteler les salles où il passe. Cela faisait longtemps qu'en écoutant un simple album, une grosse envie de faire la fête envahisse vos esgourdes. Alors pourquoi se plaindre ? N'y a-t-il pas trop d'album où, dans son salon, ils perdent de leur saveur ? Si ce "The Geeks and The Jerkin' Socks" est moins bon, il met toutefois une grosse patate pour la journée.
La condition majeure pour garder toute crédibilité est que sur scène, l'esprit reste fidèle... et ça l'est encore.
Clip "Let's Bang" Shaka Ponk (2011)
UNE MACHINE A CONCERT
Si l'on se montre un peu méchant à propos de leur dernier album, vous allez vous demander pourquoi nous avons alors choisi Shaka Ponk comme groupe de l'année. Car avant tout "The Geeks and The Jerkin' Socks", malgré les critiques, ne dérogera pas la règle, ce dernier est taillé pour le live. Les nouveaux amateurs du groupe comme les fans de la première heure continuent à retrouver leurs comptes dans la version 2011 du Shaka Ponk.
Des mises en scène carrées, une puissance nettement affirmée, l'effervescence se répand toujours à une allure fulgurante partout où ils passent. Rien qu'à voir leur show aux Arènes de Nîmes où, ces derniers devaient assurer le remplacement de Simple Plan en première partie de The Offspring. Face à un public peu connaisseur, la peur du vide aurait pu se faire ressentir. Que nenni ! Pour dire, beaucoup de personnes ayant découvert le groupe en sont devenus des adeptes, et quelques uns n'ont pas eu froid aux yeux en disant qu'ils avaient (presque) volé la vedette à Offspring ! Du rock suant au métal givré, les singes n'ont jamais lésigné sur les samples pour faire passer leurs idées, sans se prendre la tête.
Avec des shows autant visuels que sonores, Shaka Ponk s'est batti une réputation de rouleau compresseur sur scène où l'intensité est le maître mot de l'histoire. Quelque soit les périodes et les tendances, intenables, les Shaka Ponk...
Live "French Touch Puta Madre" (8 min)
28 décembre 2011
[Rétrospective] Les albums internationaux qui ont marqué 2011
Délicat, très délicat de faire un tour d'horizon des albums internationaux qui ont marqué cette année 2011. Peu ouvert vers l'international et plutôt francophone, Le Musicodrome a eu plusieurs coups de coeur qu'il partage avec vous. Au gré des envies, des retrouvailles ou des déceptions, nous avons essayé de sélectionner cinq albums qui nous ont attiré notre attention. Il n'y a aucune hiérarchie entre eux, bien contraire, nous avons tenté de les faire ressortir par genre.
PUNK : Black Lips "Arabia Mountain" (2011)

Ces chers Black Lips ! Nous avons toujours défendu les Black, avec leur rock aiguisé, décapant, chargé de tendances punk à la fois électriques et démoniaques. Un peu moins dans l'esprit garage qu'auparavant, les albums sont souvent fleuris de pistes minimalistes mais très efficaces. Toujours enregistrés en prise directe, les Black Lips n'ont pas dérogé à leur règle : le son est toujours aussi sale et ils chantent toujours aussi faux.
Sur le précédent album ("200 Million Thousand" sorti en 2009), utiliser le mot "carnage" serait presque un euphémisme pour le résumer, donc en théorie, "Arabia Mountain" ne pouvait qu'être meilleur... Toujours un peu d'appréhension avant de formuler son verdict mais, malgré l'excitation, on ne peut qu'être une nouvelle fois déçu. Même si le côté délirium du groupe a été préservé, même s'il quand même bien meilleur que "200 Million Thousand", même s'il y a un certain retour aux racines avec une bonne dose de cuivres réintégrée dans ce "Arabia Mountain" typique du punk des 70's... Paradoxalement ces derniers ont poussé le vice de balancer des sonorités pop dans leurs compos, c'est plutôt surprenant mais par moment cruellement ennuyeux !
Rassurons-nous vite, sur scène, ils ont gardé leurs côtés punk burlesque jusqu'au bout... nous voilà soulagés. Mais cet album, un des plus attendus du Musicodrome cette année, est bien décevant. Même pas de quoi passer l'hiver au chaud. C'est bien dommage.
ROCK/HIP HOP : Beastie Boys "Hot Sauce Committee Part Two" (2011)

Les bonnes soupes se font dans les vieilles marmittes il parait. Enfin "soupe", n'allez pas imaginer que Beastie Boys fait de la soupe, laissons cela aux émissions tv. En 2011, nous avions une deuxième impatience : Beastie Boys. On vous épargne les traditionnels avis sur les précédents albums, ce serait beaucoup trop long, essayons de rentrer dans le vif du sujet. Autant être franc, ce n'est pas le meilleur opus des Beastie, mais force est de reconnaître qu'ils ont concocté là une bien belle recette. Tous les ingrédients à succès ont été astucieusement : les guitares sont bien présentes même si le côté punk s'est quelque peu atténué. Le flow des trois MC, lui, n'a pas changé. Il est toujours aussi perforant, bien ancré dans le délire du groupe très saturé. Les samples sont dévastateurs sur "Say It" à coups de scratchs ou sur l'extraverti "Funky Donkey", déjanté. "Make Some Noise" sonne comme un bon vieux hit de l'excellent "Hello Nasty" (1998).
D'ailleurs, un autre clin d'oeil est effectué à "Hello Nasty" (presque une bible vivante sonore) avec le très décalé trip reggae de "Don't Play No Game That I Can't Win" en featuring avec la jamaïcaine de Santigold. On notera les bons passages garage sur "Lee Majors Come Again", le flow ravageur sur "Ok" ou le hip hop démoniaque de "Too Many Rappers".
L'accroche sera immédiate pour les amateurs des déjantés Beastie Boys, pour les perplexes la diversité du cd fera le reste...
REGGAE : Ayo "Billie-Eve" (2011)

Jusqu'à présent, on ne peut pas dire Le Musicodrome ait été un grand fan de Ayo, loin de là, mais impossible de passer à côté de son troisième album, "Billie-Eve". Un peu moins médiatique que les précédents opus et moins éblouis par le feu des projecteurs, Ayo a nettement affiné son style pour faire ressortir une certaine emprise intéressante sur ce nouvel essai. Nettement reggae dans la première partie d'album, plus pop dans la seconde, l'album traverse les rivages africains pour proposer une vision soul folk intéressante. Avec les appuis de Gail-Ann Dorsey, bassiste de David Bowie, et notamment Craig Ross, guitariste de Lenny Kravitz, le moins que l'on puisse dire c'est que la version 2011 d'Ayo a changé de dimension.
En ouverture, la germano-nigérienne nous en met plein la vue : on reste scotchée du track "How Many People ?". Introduction au piano, grosse basse reggae sur fond de voie soul, intrusion de la guitare électrique sur le refrain avant l'alchimie des différentes phases n'explosent après plus de 7 minutes de son... Débridée et décomplexée, les embardées interpellent sur "Who Are They" par la profondeur et l'émotion de la chanteuse. Là où la soul semble s'être faite une place, un violencelle vient apporter une certaine mélancolie à l'ensemble. Comme un hommage au glorieux british rock, les riffs de "My Man" apportent une touche soul/rock pendant que "I'm Gonna Dance" rappelle musicalement les racines de la chanteuse. Profond, puissant, sincère, Ayo retrouve les sommets. Un petit bijou.
MUSIQUES ELECTRONIQUES : SBTRKT "Sbtrkt" (2011)

Il y a dubstep et dubstep. Le virulent, perforant, retourné dans tous les sens qu'il explose les sens. Et celui que l'on utilise avec parcimonie, au détriment d'une pop fade qui subitement retrouverait son habit de lumière.
La découverte ne remonte qu'à quelques semaines mais elle ne laisse pas insensible ! Musicalement classé en dubstep, l'approche peut surprendre : rien qu'à écouter le premier morceau et l'on se demande très rapidement à quelle sauce nous allons être mangé. On navigue plutôt aux frontières du dubstep et du trip hop... Les pistes s'enchainement et surprennent sans cesse. "Hold On" se matérialise sous une forme d'ovni, marqué par un xylophone et un chant clairement pop, en boucle, un peu comme à la façon de Thom Yorke. "Wildfire" assume son côté résolument dubstep et distille un son électronique entêtant. Les autres pistes partent dans tous les sens mais avec une maîtrise déconcertante : "Sanctuary" fera sourire les amateurs de la bonne époque de Daft Punk et "Ready Set Loop" est plus dans l'esprit des albums précédents. Plus clubbing et moins pop, les longues sessions acoustiques finissent toutefois par lasser ("Trials of The Past", "Right Thing To Do"). Face des "Pharaohs" ou encore l'endiablé "Go Bang" à la limite de la techno, cela ne fait pas le poids, mais impossible de ne pas souligner l'imagination de SBTRKT.
Un album destiné à un public averti qui, sans aucun doute, ne fera pas mouche dans tous les foyers. Mais à écouter.
ROCK : ET ALORS ?
Après avoir abordé quatre genres musicaux, le rock y revient sans cesse mais a-t-on succombé à un groupe rock pur et dur ? Non ! Même si le rock, dit comme ça, ne va pas dire grand chose, rien ne nous a réellement emballé cette année. Déprimant ? En pop, nous avons écouté les Metronomy, Wu Lyf, Cat's Eyes & Co, pas de matière à accrocher. Après, il faut aussi reconnaître que la pop et Le Musicodrome, ce n'est pas une histoire d'amour !
THE GO! TEAM "Rolling Blackbouts" (2011)

On aurait pu citer The Rapture mais The Go! Team a pris le dessus. Complètement déjanté, ce groupe anglais vient de sortir son troisième album cette année, "Rolling Blackouts". Délurés, édulcorés, bifluorés, les membres de The Go! Team proposent un rock déjanté mélangeant hip hop, samples, rock et funk version années 70's. En introduisant banjo, percussions et harmonica, on se croirait dans une guerre des étoiles funky. Rien qu'à écouter "T.O.R.N.A.D.O.", le ton est donné : entre fanfare, grelots et guitares sales, l'esprit festif est à son paroxysme. L'intégralité de l'album nous propulse dans le monde coloré de PEZ, les bonbons acidulés. Les mélodies sont un peu crades mais le grand n'importe quoi musical contribue à l'édifice construit par The Go! Team.
Il est évident que ce n'est pas l'album rock de l'année, mais l'écoute vaut le détours. Après avoir analysé les deux premiers opus, ils ne sont pas non plus au sommet de leur forme. Mais ça défoule !
Et vous, quels albums internationaux ont marqué votre année 2011 ?
27 décembre 2011
[Rétrospective] L'artiste internationale de l'année : Selah Sue (coup de coeur)
Ce sont des avis qui n'engagent que Le Musicodrome mais le coup de coeur international de l'année reste de loin Selah Sue. Découvert sur le parking du festival la Meuh Folle à le 31 mars à 3h du matin (la justesse des propos pourrait choquer !) via le relais de notre cher ami KristHelheim, Le Musicodrome s'est vite laisser embarquer dans le doux monde de la jeune belge.

(crédits photos : JB Mondino - Selah Sue)
UN PEU DE D'HISTOIRE...
Même pas 23 ans... Selah Sue (Sanne Putseys de son vrai nom) est même plus jeune que moi. Pourtant l'auto-compositeur et chanteuse belge a rapidement provoqué un effet boule de neige à la sortie de son premier album épononyme le 7 mars 2011.
Elle n'avait même pas d'album, rien qu'un EP qui datait de 2008 ("Black Part Love") qui lui permettait d'enchainer quelques dates de concerts. Et d'ailleurs, pas des moindres : en 2010, elle a fait le tour des grands festivals belges mais aussi des pays limitrophes en tant qu'artiste découverte. Dans la foulée, le second EP, "Raggamuffin" déboule le 25 octobre 2010. La set list du futur premier album est donc toute trouvée... Une date va bien sûr être un tournant fondamental pour l'artiste : le 8 novembre 2010, elle assure la première partie de Prince, à Anvers, sur sa demande personnelle. La machine est lancée...
LE CLIP
Le premier clip, "Raggamuffin" fait alors un tabac :
UN PREMIER ALBUM A SUCCES
Avant de découvrir l'artiste, c'est avant tout l'album qui nous a marqué. Vous connaissez sans doute, pour ceux qui ont l'habitude de nous suivre, l'attirance moindre du Musicodrome vers les artistes internationaux. Concernant Selah Sue, et vous avez tous été au moins une fois dans votre vie dans ce cas de figure pour un artiste, l'accroche a été immédiate. Il y a des albums où dès la première écoute, ils font leur effet.
Après les deux premiers EP's, la version longue aurait pu paraître simpliste, voire lisse. Pourtant aucun reproche n'en resort. La malice avec laquelle la jeune flamande pose sa voix sur les compos est remarquable. Reggae, soul, trip hop, jazz, rock, hip hop, les compos puisent dans chaque registre et les influences de ses mentors ne tardent pas à ressortir. Si beaucoup ont insisté sur la phase reggae de Selah Sue, il s'est nettement atténué par rapport aux EP's. Cette dernière s'est particulièrement abandonné aux frontières du trip hop pour les transformer à sa guise. La voix, et c'est aussi un des sujets d'admiration, joue sur les différents ressentis de la galette. Un flow redoutable, une immense chaleur qui se dégage par son timbre de voix qui s'accapare tous les genres. On jongle entre les styles, on se laisse emporter. Alors pourquoi s'en priver ?
Les cinq morceaux coup de coeur de l'album : Fyah Fyah, Raggamuffin, Style Crazy Sufferin, Crazy Vibes, Peace of Mind.
L'album a en tout cas reçu le Prix Constantin en 2011.

(pochette album "Selah Sue" -2011-)
L'AUTRE PROJET
Et n'allez pas croire que l'artiste ne se cantonne qu'à un seul style de musique. Selah Sue participe en parallèle de sa carrière solo à un autre projet, intitulé Addicted Kru Sound. Très amatrice de dubstep et active au sein de la riche scène électronique belge, le côté dubsteps ou drum'n'bass peut nettement prendre le dessus...
Petit morceau d'AKS en featuring avec Selah Sue, "Fire Fire", très dubsteps/reggae :
Afin de pousser le vice, AKS a proposé une version remixée tout droit sortie des shows en featuring... (drum'n'bass/dubsteps). On s'accroche.
26 décembre 2011
[Semaine Spéciale] Une rétrospective pour finir l'année 2011
Au lieu de sortir des tops ou autres choses dans le genre, Le Musicodrome a décidé de faire une petite rétrospective pour terminer, en douceur, cette année 2011.
Exit les traditionnels articles pour cette ultime semaine avant la fin du monde, place à une petite session rétrospective pour finir, ensemble, ces quelques jours avant 2012.
Au fil de ces 6 journées, on tâchera de faire partager nos coups de coeurs de l'année à travers plusieurs thématiques sélectionnées. Nous parlerons essentiellement d'artistes et non d'albums, laissons chacun estimer quel a été le(s) meilleur(s) album(s) de l'année au gré de ses goûts et ses humeurs.
Donc, pour vous présenter très rapidement le concept, deux papiers (demain et mercredi) porteront sur les coups de coeurs musicaux de l'année à l'échelle internationale, même si Le Musicodrome est très orienté musique francophone. Le premier sera un focus sur l'artiste n°1 étrangère de l'année (toujours selon nous) alors que le second papier fera un tour d'horizon de plusieurs groupes qui ont marqué 2011.
Pour le restant de la semaine, quatre papiers concernant l'actualité musicale française de l'année. Le premier papier (parution jeudi) mettra un coup de projecteur sur le groupe français qui a littéralement explosé cette année. Dimanche, on vous parlera des nouveaux talents français qui ont émergé ou confirmé cette année, alors que vendredi une page sera consacrée à l'actualité "hors scène" des groupes (par exemple les séparations ou reformations qui ont chamboulé le paysage hexagonal). Samedi, grosse rétrospective de l'année sur les concerts effectués avec un petit top 10 perso.






















































